Acide stéarique

Acide stearique

L’acide stéarique fait partie des acides gras saturés les plus abondants visibles dans les graisses animales et surtout végétales, juste après l’acide palmitique. Si son utilisation est surtout courante dans la fabrication de savons, cosmétiques, bougies et d’huiles ; cet acide gras entre aussi dans la conception de compléments alimentaires. Il revêt de multiples propriétés médicales, dont la plupart restent encore méconnues du grand nombre. On peut profiter de tous ses bienfaits en mangeant tout simplement du chocolat ou en buvant une tasse de cacao au quotidien.

Présentation de l’acide stéarique

Propriétés physico-chimiques

L’acide stéarique répond à d’autres noms scientifiques tels que acide octadécanoïque et acide n-octadécylique. Le terme « stéarique » se réfère à un mot d’origine grecque « Stear », qui signifie « suif » ou « graisse ». Sa formule chimique brute est C18 H36 O2 et sa masse molaire, 284,48 g·mol-1. À l’instar des acides gras, celui-ci est représenté par un symbole, qui est le C18:0 ; dont le numéro 18 correspond au nombre de son atome de carbone. De par sa forme saturée, cet acide gras ne possède aucune liaison covalente double. (1)

Comme il a été mentionné précédemment, on le rencontre surtout dans les graisses végétales ou bien animales, mais toutefois sous un autre format qui est l’ester tristéarate de glycérine, appelé aussi stéarine.

À froid et à un degré de chaleur avoisinant les 20°C, cet acide gras saturé forme un solide blanc cireux, mou et très fusible. Soumis à une haute température, il devient un liquide gras et visqueux, similaire à de l’huile. Sa température de fusion étant 69,3°C et son point de rupture 113°C. Il dégage une odeur piquante.

Meilleures sources

Chocolat, la meilleure source d'acide stéarique
Chocolat, la meilleure source d’acide stéarique

La teneur en acide stéarique dans les graisses animales peut aller jusqu’à 30 % des acides gras saturés totaux, contre seulement 5 % pour la plupart des graisses végétales. Il y a toutefois une exception pour le beurre de cacao et le beurre de karité, qui présentent des taux de concentration très élevés allant de 28 à 45 % du total des acides gras saturés. (2)

Voici en quelques lignes les meilleures sources de cet acide gras saturé :

– Chocolat blanc, 11 000 mg/100 g ;
– Chocolat au lait, 10 000 mg/100 g ;
– Viandes grasses et charcuteries, 8 200 à 9 800 mg/100 g ;
– Beurre salé, 7 600 mg/100 g ;
– Cacao pur, 7 000 mg/100 g ;
– Foie gras, 7 000 mg/100 g ;
– Café blanchi, 6 100 mg/100 g ;
– Huile de sésame, 5 400 mg/100 g ;
– Abats, 5 200 mg/100 g ;
– Crème liquide, 4 700 mg/100 g ;
– Œufs de poule, 4 600 mg/100 g ;
– Margarine, 4 500 mg/100 g ;
– Huile de tournesol, 4 100 mg/100 g ;
– Huile de palme, 4 100 mg/100 g ;
– Huile de soja, 4 000 mg/100 g.

Biosynthèse et synthèse

L’acide stéarique fait partie de ce que l’on appelle acide gras non essentiel parce que l’organisme humain est capable d’en produire de novo. La biosynthèse des acides gras est assez complexe chez l’Homme. Celle-ci se produit notamment dans le foie, les glandes mammaires pour les femmes qui allaitent et dans les tissus adipeux. Cependant, ce processus ne concerne que les acides gras à moins de 16 carbones dans leurs chaînes. La biosynthèse des acides gras saturés ou insaturés à plus de 16 carbones – comme tel est le cas de l’acide stéarique – s’effectue autrement, au niveau d’un complexe multi-enzymatique dit acide gras synthase. Ce processus – connu en anglais sous le sigle FAS ou Fatty Acid Synthase – fait intervenir des unités de malonyl-CoA qui viennent se lier à une unité d’acétyl-CoA par liaison carbone-carbone via une réaction dite condensation de Claisen. (3)

L’acide stéarique commercialisé en tant que complément alimentaire sur le marché peut être à l’état pur ou bien mélangé à l’acide palmitique, ou encore à d’autres acides gras. Dans tous les cas, cet acide gras est obtenu à partir de matières grasses végétales ou animales par un processus de saponification, consistant à séparer les acides gras avec de l’eau chaude d’environ 100°C. Certains procédés d’extraction utilisent aussi de l’ester de polyglycérol pour distiller fraction par fraction les acides gras saturés à longue chaîne et favoriser leur cristallisation, afin d’obtenir des corps solides. (4)

Acide stéarique : Danger ?

Il ne faut pas mettre dans le même panier tous les acides gras saturés. Tous ne sont pas dangereux, au contraire, et l’acide stéarique en est l’un des parfais exemple :

Acide stéarique : Un acide gras bon pour la santé

L'acide stéarique n'augmente pas le cholestérol
L’acide stéarique n’augmente pas le cholestérol

Il est connu du grand public que les acides gras saturés consommés à des proportions trop élevées au quotidien augmentent les risques cardiovasculaires, du fait qu’ils favorisent la hausse de cholestérol et de LDL (lipoprotéines de basse densité) dans le sang. L’hypercholestérolémie entraine, en effet, l’altération progressive des artères coronaires. Il convient, cependant, de souligner que ce ne sont pas tous les acides gras saturés qui ont des impacts négatifs sur le système cardiovasculaire. L’effet hypercholestérolémiant des acides gras se diffère en réalité selon leur type.

Des études scientifiques ont donné des preuves suffisantes pour croire que l’acide stéarique n’encourage ni l’accumulation de graisses sur les parois des vaisseaux sanguins, ni la formation d’un thrombus pouvant les obturer. Il a été observé chez l’Homme que ce sont surtout certains acides gras saturés à chaine moyenne avec 12 à 16 carbones dans leur structure, qui ont ces effets délétères sur les artères. Parmi eux, il y a l’acide laurique à 12 carbones (C12:0), l’acide myristique à 14 carbones (C14:0) et l’acide palmitique à 16 carbones (C16:0) ; ce dernier ayant une action moins prononcée par rapport aux deux autres. Les acides gras à chaine longue, avec 18 carbones et plus, sont totalement neutres vis-à-vis du taux de cholestérol sanguin. L’acide stéarique est même bénéfiques pour la santé cardiovasculaire d’après les recherches scientifiques détaillées dans les prochains paragraphes. (5)

Propriétés médicales de l’acide stéarique

Protection du système cardiovasculaire

Oui, vous avez bien lu ; l’acide stéarique, à l’opposé des autres acides gras saturés, protège le système cardiovasculaire au lieu de favoriser l’augmentation du taux de cholestérol sanguin. Plusieurs expérimentations scientifiques ont confirmé ce fait.

Cette méta-analyse de 2006, entre autres, a fait une récapitulation des bienfaits de cet acide gras saturé contenu dans le chocolat. Le cacao et le chocolat, avec un pourcentage élevé de cacao, sont particulièrement riches en acide stéarique et en flavonoïdes ; deux substances puissantes qui agissent de concert sur le système cardiovasculaire. Le premier présente un impact sur les facteurs de coagulation sanguine et empêche la formation de caillot, tandis que le second agit comme un antioxydant et un protecteur des vaisseaux sanguins. Les études expérimentales, cliniques et observationnelles qui y sont résumées ont aussi souligné l’effet neutre de cet acide gras sur le taux total de cholestérol sanguin. Ce dernier n’encourage ni la baisse de HDL, ni la hausse de LDL.

Comme conclusion, les observateurs ont avancé que la consommation d’acide stéarique – apporté par le cacao ou le chocolat – tous les jours constitue une mesure de prévention efficace contre l’hypercholestérolémie, le thrombose et les maladies cardiovasculaires. Attention toutefois, il s’agit de manger du chocolat avec du cacao à plus de 50 % et non de simples friandises enrobées de chocolat trop riches en sucres, ou pire encore des tablettes bon marchés à base d’huiles végétales, de colorants et d’arômes. Près de 50 g environ par jour de cet aliment énergétique suffisent pour profiter des bienfaits de cet acide gras saturé et de ses antioxydants. (6)

Amélioration de la sensibilité à l’insuline

Des scientifiques ont aussi découverts au cours de leurs expériences que la prise de cet acide gras saturé à longue chaine peut être la nouvelle approche à adopter pour lutter contre l’obésité et la résistance à l’insuline, chez les diabétiques de type 2.

Dans cette présente étude clinique, l’effet de l’acide stéarique sur l’activité de la protéine tyrosine phosphatase 1B (PTP1B) – une enzyme qui régule négativement la voie de signalisation de l’insuline – et celle de l’activité Akt/PKB (protéine kinase sérine/thréonine) – qui joue un rôle important dans le métabolisme des glucides – a été étudié sur des cellules graisseuses. Les résultats de cette expérience ont démontré que cet acide gras a inhibé l’action de la PTP1B ; ce qui a entrainé une augmentation de l’absorption de glucose dans ces adipocytes. (7)

Chez des souris de laboratoires, le blocage total de l’activité de la PTP1B a amélioré la sensibilité à l’insuline (8). Ce qui conduit les scientifiques à conclure que l’acide stéarique serait un nouveau remède contre le diabète.

Actions anti-carcinogènes et anti-tumorales

La capacité de l’acide stéarique à inhiber la prolifération des cellules malignes atteintes de cancer ou de tumeur a été aussi prouvée plusieurs fois par un bon nombre de scientifiques.

Cette publication scientifique a parlé dans ses paragraphes de deux études distinctes réalisées sur l’acide stéarique et son action sur les cellules cancéreuses. Cet acide gras saturé a été utilisé d’une part sur un échantillon de fibroblastes pulmonaires humains en culture développant des tumeurs, et d’autre part in vivo chez des rats femelles de laboratoires ayant des cancers au niveau des cellules mammaires induits par une certaine dose de N-nitroso-N-méthylurée (NMU). Cette substance chimique hautement toxique est connue pour ses effets carcinogènes, tératogènes et mutagènes.

Les résultats ont montré que l’injection sous-cutanée d’acide stéarique à raison de deux fois par semaine a permis de bloquer la prolifération des cellules malignes. 22 semaines après les premiers traitements, 11 sur les 19 rats expérimentés sont totalement guéris. Ceux qui n’ont reçu que du NMU sont morts de la tumeur au cours de l’étude. En revanche, sur les cellules humaines, il a fallu augmenter légèrement la dose de l’acide gras utilisé avant de constater des effets bénéfiques sur les fibroblastes. (9)

Raffermissement de la peau

L'acide stéarique est un agent de texture dans la fabrication de soins cosmétiques
L’acide stéarique est un agent de texture dans la fabrication de soins cosmétiques

L’acide stéarique est aussi un ingrédient couramment employé dans la conception de produits cosmétiques. Il entre dans la fabrication de crèmes corporelles et capillaires, savons, shampoings, et de bien d’autres soins de beauté. Cet acide gras est connu sous d’autres appellations dans l’univers du cosmétique, telles que Formula 300, Emersol 150, Emersol 132, Emersol 120, Century 1240, Glycon DP ou encore cetylacetic acid. Cet ingrédient utilisé en tant qu’agent de texture permet d’épaissir les différentes préparations cosmétiques industrielles ou bien artisanales.

Cet acide gras saturé est doté de propriétés nourrissantes, protectrices contre les agresseurs externes grâce à son effet filmogène, antiseptiques et émollientes pour la peau. Appliqué quotidiennement sur l’épiderme, il apporte douceur, repulpe cet organe et prévient contre l’apparition précoce de ridules et d’autres marques de vieillesse. C’est un excellent allié pour les peaux sèches.

L’US Food and Drug Administration classifie cet acide gras comme inoffensif pour la peau. Son utilisation doit être néanmoins limitée chez certaines personnes à peau sensible car peut causer des irritations, rougeurs ou encore démangeaisons. Les cas d’effets secondaires liés à son usage demeurent toutefois rares.

Acide stéarique en complément à l’alimentation

La meilleure façon de profiter des bienfaits thérapeutiques de l’acide stéarique est de manger tout simplement du chocolat noir ou du chocolat au lait tous les jours, 50 g comme il a été dit. Il faut modérer quand même la consommation de cet aliment énergétique, même s’il nous apporte de nombreux bienfaits. Il est important aussi de noter que le cacao renferme de la théobromine, une substance active similaire à celle qu’on trouve dans le café qui peut déclencher des maux de tête. Pour ceux qui ont des problèmes de reflux gastrique ou bien d’ulcère gastroduodénal, il vaut mieux aussi l’éviter car il contient des méthylxanthines qui risquent d’irriter les muqueuses et d’occasionner de fortes douleurs.

On peut aussi profiter des bienfaits de l'acide stéarique en achetant des huiles végétales gorgées d'acides gras
On peut aussi profiter des bienfaits de l’acide stéarique en achetant des huiles végétales gorgées d’acides gras

Le marché du complément alimentaire propose aussi d’autres produits gorgés de cet acide gras, notamment de l’huile végétale pure. Attention pour éviter de tomber sur n’importe quelle huile végétale, soit-disant gorgée d’acides gras, il faut respecter certains critères de qualité. L’huile doit être 100 % pure, pressée à froid, extra vierge et non raffinée, non hydrogénée et bien évidemment riche en acide stéarique. À noter que ces produits doivent être tenus à l’écart de l’humidité, de la chaleur et du soleil pour éviter leur rancissement. Le rancissement n’est autre que l’oxydation des acides gras en radicaux libres et acides butyriques, particulièrement dangereux pour la santé.

 

Références

(1) Dossier : Acide Stéarique, fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, 2009.
(2) Dieffenbacher A, Beare-Rogers J and Holm JV. « Lexicon of lipid nutrition ». Technical report. Pure and applied chemistry, 2001. 73(4):685-744.
(3) Jenni S, Maier T and Ban N. « Architecture of mammalian fatty acid » Synthase at 4.5, A resolution. Science, vol 311:1258-1262, 2006.
(4) David J Anneken and al. « Fatty acids », in Ullmann’s Encyclopedia of Industrial Chemistry 2006, Wiley-VCH, Weinheim.
(5) Dossier : « Viande et santé humaine ». Association Royale des Ingénieurs , Faculté des Sciences Argonomiques de Gembloux, Belgique p11.
(6) Ding El and al. « Chocolate and prevention of cardiovascular disease: A systematic review ». Nutr Metab (Lond), 2006 Jan 3;3:2.
(7) Tsuchiya A and al. « Stearic acid serves as a potent inhibitor of protein tyrosine phosphatase 1B ». Cellular Physiology Biochem 2013.
(8) Seely BL and al. « Protein tyrosine phosphatase 1B interacts with the activated insulin receptor ». Diabetes, 45(10):1379-85.
(9) Habib NA and al. « Stearic acid and carcinogenesis » Br J Cancer 1987.

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