Harpagophytum

Harpagophytum, un anti-inflammatoire pour les articulations

Originaire des régions désertiques du Sud-est du continent africain, l’harpagophytum est célèbre pour son pouvoir de soulager les douleurs rhumatismales et de stimuler l’appétit. Cette plante herbacée vivace fait partie des principaux remèdes de la pharmacopée traditionnelle de ce pays, et compte depuis les années 70 parmi les anti-inflammatoires utilisés mondialement en cas de lombalgie, d’arthrite et de rhumatisme (1).

Grâce à ses qualités thérapeutiques, l’harpagophytum est devenu un ingrédient fortement convoité par l’industrie pharmaceutique. Ce secteur utilise chaque année dans les 1 000 tonnes de ses racines séchées, une surexploitation qui le met aujourd’hui en danger d’extinction. Sa culture et sa récolte ont été, depuis peu, soumises à une charte, qui stipule les différentes conditions de son exploitation afin d’assurer sa pérennité.

Présentation de l’harpagophytum

Harpagophytum procumbens, plante vivace rampante
Harpagophytum procumbens, plante vivace rampante

Une plante aux divers noms

Le genre harpagophytum compte quelques espèces, dont la plus connue et la plus utilisée en phytothérapie est l’harpagophytum procumbens. Seule cette variété a fait l’objet d’expériences scientifiques concrètes jusque-là. L’espèce harpagophytum zeyheri Decne a été aussi, parfois, recommandée dans le cadre de la phytothérapie traditionnelle, mais les données scientifiques concernant ses bienfaits demeurent toutefois insuffisantes.

C’est l’espèce harpagophytum procumbens qui est généralement appelée « harpagophytum ». Cette plante médicinale répond aussi à d’autres noms, tels que « harpagophyton », « griffe du diable » ou « Devil’s claw » en anglais, ou encore « racine de windhoek ». Sa dénomination dérive du terme grec « harpagos », littéralement traduit en français par grappin ou crochet, qui évoque les aiguillons courbés et acérés de ses fruits.

Il ne faut pas, cependant, mélanger cette espèce avec les plantes du genre Proboscidea, originaire d’Amérique du Nord, et l’Urtica dioica, qui portent également le nom de « griffe du diable ».

Ses principales caractéristiques

Issu de la famille des Pedaliacea, dans le même ordre que le sésame, l’harpagophytum est une plante vivace herbacée, avec des tiges rampantes au sol. Ses feuilles alternes aux limbes ovoïdes portent des fleurs rouge-violacées, en forme de trompette.

Fruits de l'harpagophytum, capsules ligneuses rappelant la forme d'une araignée
Fruits de l’harpagophytum, capsules ligneuses rappelant la forme d’une araignée

Cette plante médicinale doit son nom à ses fruits, des capsules ligneuses rappelant la forme d’une araignée grâce à leur couronne munie de grappins ou crochets acérés. En anglais, on l’appelle même « wood spider », qui signifie « araignée de bois » en français.

La principale source de ses bienfaits thérapeutiques est, notamment, ses tubercules. L’harpagophytum est doté d’une racine principale lignifiée d’environ 50 cm de long, portant des racines secondaires bulbeuses dont le poids peut atteindre les 1,5 kg. Ces tubercules sont gorgés d’eau et de nutriments, des réserves essentielles pour la survie de la plante en période de sècheresse.

Son principal habitat est la région semi-désertique de l’Afrique australe, notamment en Namibie, Afrique du Sud, et Botswana. Les conditions climatiques à Madagascar permettent aussi la culture de cette plante médicinale.

Principes actifs et nutriments

Comme il a été mentionné, ce sont les tubercules de la plante qui renferment ses principes actifs aux bienfaits médicaux. Ces derniers, une fois déterrés, doivent être hachés finement et séchés immédiatement pour éviter leur putréfaction. La présence de moisissures, dues à un stockage trop longtemps, réduit son efficacité.

Ce sont les tubercules séchés, qui seront par la suite cryobroyés (broyés à une très basse température) et entreront dans la fabrication des compléments alimentaires et médications. Il y a les formats en poudre, les gélules, les extraits éthanoliques et aqueux, ainsi que la teinture mère d’harpagophytum.

L’efficacité de ces produits varie considérablement en fonction du milieu dans lequel la plante s’est développée, de son espèce et de son procédé de séchage et broyage. Certains suppléments présents sur le marché peuvent, parfois, être de moindre qualité, en raison du mélange volontaire ou involontaire des ingrédients utilisés. L’harpagophytum procumbens est, dans certains cas, additionné d’harpagophytum zeyheri, qui possède les mêmes propriétés médicinales mais est toutefois moins puissant.

La racine d’harpagophytum en poudre contient donc :

– des glucosides monoterpiniques iridoïdes, dont l’harpagoside qui y est présent à une teneur très élevée (3,3 % chez l’espèce procumbens contre 1 % ches l’espèce zeyheri), le procumbide et l’harpagide. L’efficacité d’un complément alimentaire ou d’un médicament anti-inflammatoire, à base d’harpagophytum, est évaluée en fonction de sa teneur en harpagoside. D’ailleurs, c’est la molécule active la plus étudiée de cette plante. Ces glucosides sont connus pour leur pouvoir d’inhiber la formation de prostaglandine-synthétase, une enzyme responsable du processus inflammatoire de l’organisme.

– des phytostérols, à savoir les β-sitostérols à l’instar de la sitostérine et de la stigmastérine. Ces composés renforcent l’activité anti-inflammatoire de l’harpagoside.
– des phénols, tels que l’acide chlorogénique qui est doté de propriétés diurétiques et l’acide cinnamique qui a des qualités analgésiques.
– des flavonoïdes, notamment la lutéoline et le kaempférol, qui sont réputés pour leurs actions antioxydantes.

Métabolisation de ses principes actifs

Les molécules actives et potentiellement actives, présentes dans les différentes espèces d’harpagophytum, sont totalement différentes. Bien que l’espèce procumbens et zeyheri, par exemple, aient les mêmes activités analgésiques et anti-inflammatoires, leurs composés actifs se diffèrent aussi bien en quantité qu’en qualité. (2)

Comme il a été vu précédemment, les glucosides iridoïdes, en particulier l’harpagoside et l’harpagide, sont les premiers responsables des bienfaits thérapeutiques des racines de cette plante. Cependant, ce ne sont pas ces composés qui agissent directement au niveau des cibles. Les études scientifiques ont montré que ceux-ci subissent une transformation au moment de la digestion, et produisent d’autres molécules biologiquement actives.

Une publication scientifique, datant de 1999, a révélé dans ses grandes lignes que ces glucosides iridoïdes contenus dans l’harpagophytum se transforment en alacaloïde monoterpénique, sous l’effet des bactéries isolées dans la flore intestinale. Il s’agit de l’aucubinine B, une molécule active qui présente une activité pharmacologique apaisante vis-à-vis de l’organisme. (3)

Propriétés médicales de l’harpagophytum

De par son action antidouleur, le tubercule séché de la griffe du diable est surtout recommandé en médecine traditionnelle pour soulager les douleurs. Un nombre important d’études scientifiques l’ont affirmé. Cette plante médicinale est un allié indispensable, en cas d’arthrose, d’arthrite, de lumbago, ou d’autres maux nécessitant l’usage d’un antalgique. D’autres propriétés médicales encore peu connues du grand public ont été même révélées, dont voici quelques-unes d’entre elles.

Harpagophytum, arthrose et douleurs articulaires

Les scientifiques sont unanimes quant à la faculté de l’harpagophytum à contrer les douleurs articulaires liées à l’arthrite, ainsi que l’inflammation des tendons, dont la tendinite. L’ESCOP –European Scientific Cooperative on Phytotherapy–, organisation qui représente la phytothérapie et la médecine par les plantes au niveau national, a reconnu son pouvoir analgésique en 1996.

Un des essais cliniques, menés sur des extraits d’harpagophytum à 5:1, a démontré qu’à une dose d’environ de 2 000 mg par jour (à administrer en deux prises), cette médication a conduit à l’amélioration de la mobilité des sujets souffrant d’arthrite et de rhumatisme. L’expérience a été réalisée sur 259 patients, pendant 8 semaines. Une réduction des douleurs a été remarquée chez la majorité des sujets traités. (4)

Une autre étude clinique similaire a même démontré que l’extrait d’harpagophytum serait plus efficace que la Diacérhéine, un médicament antiarthritique vendu sur le marché européen, fréquemment recommandé pour traiter les douleurs causées par l’arthrose. Cette dite expérience a été effectuée sur un échantillon de 122 individus, répartis en 2 groupes, dont le premier soumis à la Diacérhéine et le second à l’harpagophytum. (5)

Il est important de noter, cependant, que le mode d’action de cette plante médicinale n’est pas similaire aux AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens). Son action anti-inflammatoire est totalement différente, selon une étude in vitro, mais malheureusement les scientifiques n’ont pas pu encore la définir exactement. (6)

Remède contre les maux de dos

Toujours grâce à sa propriété antidouleur, les racines d’harpagophytum sont d’une excellente aide en cas de douleurs lombaires chroniques ou aiguës.

Des scientifiques ont mené des études comparatives, randomisées en double aveugle, de deux doses quotidiennes de l’extrait de cette plante, dont 600 et 1 200 mg, à un placebo. L’échantillon comprenait 197 patients souffrant de douleurs lombaires, départagés en trois groupes en fonction de la gravité de leurs maladies.

Les résultats ont indiqué à la fin de l’étude que seulement 6 patients, en moyenne, ont constaté une amélioration de leur santé dans le groupe placebo. La majorité des sujets appartenant au groupe, ayant pris 600 mg d’harpagophytum par jour, ont ressenti moins de douleur. Dans le troisième groupe soumis à 1 200 mg, les sujets testés ont eu tendance à compléter le traitement par du Tramadol, en raison des douleurs sévères et insupportables dont ils ont souffert. (7)

Dans un tout autre essai clinique, l’harpagophytum procumbens s’est avéré plus efficace que le Rofécoxib dans l’apaisement des douleurs lombaires. Rappelons que ce médicament anti-inflammatoire a été retiré du marché depuis 2004, vu les effets secondaires qu’il a engendré chez nombre de patients. (8)

Activité antioxydante

Le véritable mécanisme d’action des principes actifs de l’harpagophytum n’est pas encore élucidé, jusqu’à ce jour, en dépit des nombreuses études menées sur son effet anti-inflammatoire. Dans l’étude suivante, les scientifiques ont tenté de découvrir l’action de ces molécules actives sur la peroxydation lipidique. Il est connu que l’excès d’espèces réactives d’oxygène et d’azote favorise les dommages tissulaires dus à l’inflammation.

Les résultats de cette étude in vitro ont montré que les extraits d’harpagophytum ont inhibé, d’une part la peroxydation lipidique induite par les différents pro-oxidants à l’instar du Fe(2+) et du nitroprussiate de sodium ; et d’autre part en ralentissant les dommages cellulaires. Les scientifiques ont conclu qu’en cas de réactions inflammatoires de l’organisme les extraits d’harpagophytum agissent, soit en bloquant le stress oxydatif, soit la perte de viabilité cellulaire. (9)

Une autre expérience in vitro, réalisée sur des lignées de cellules fibroblastes L929, a aussi parlé de sa faculté à inhiber, voire supprimer, les effets de la cyclooxygenase-2 et de l’iNOS induits par les lipopolysaccharides en cas de réaction inflammatoire. (10)

Bienfaits sur l’appareil digestif

Dans son pays d’origine, l’Afrique, les racines d’harpagophytum en décoction sont recommandées par les guérisseurs namaquas et bantous pour traiter les troubles digestifs, la perte d’appétit et la constipation (11). Les chercheurs ont constaté que cette plante médicinale agit à la manière d’un apéritif, grâce à la présence de principes actifs amers dans sa composition, qui ont un effet stimulant vis-à-vis des papilles gustatives. Ces dernières, à leur tour, donnent un signal à l’estomac afin que celui-ci secrète du suc gastrique, essentiel à la digestion.

Des essais cliniques rapportés par l’ESCOP ont aussi mis en évidence le pouvoir de cette plante médicinale à venir à bout de ces troubles digestifs. L’administration de ses racines sous forme de décoction a permis de soulager la constipation et les diarrhées, d’éliminer la flatulence due à une dyspepsie ou une aérophagie, ainsi que de réduire l’intensité des douleurs résultant des malaises intestinaux chez les individus testés. (12)

Harpagophytum : Dosage

La dose d’harpagophytum à prendre dépendra de la maladie à traiter notamment, et de son intensité. Il reste toujours prudent de demander l’avis d’un thérapeute ou d’un spécialiste avant d’entamer tout traitement. Pour une efficacité optimale, mieux vaut opter pour les extraits normalisés d’harpagophytum procumbens de taux de 5:1, ou bien à 3 % de glucosides iridoïdes, ou encore d’au moins à 1,2 à 3 % d’harpagoside.

– Pour apaiser les douleurs articulaires, musculaires et des tendons, il est consseillé de prendre 3 à 6 g de ses racines séchées réduites en poudre ou en gélule, par jour au moment des repas. Pour les extraits normalisés de 5:1, une dose oscillant entre 600 et 1200 mg par jour est suffisante. La durée du traitement ne doit pas dépasser plus de 3 mois.
– En cas de problèmes digestifs ou de perte d’appétit, prendre 500 mg de ses racines en poudre ou en capsule, à raison de 3 fois par jour avant les repas.

Attention, il y a quelques contre-indications à noter. Cette médication est proscrite chez les sujets ayant des ulcères gastriques ou du duodénum ainsi que chez ceux qui souffrent de calculs biliaires, de diabète et d’hypertension artérielle. Les femmes enceintes et allaitantes devront aussi s’en abstenir. (13)

Jusque-là, aucune interaction avec des suppléments ou des plantes médicinales n’a été connue. Il faudra toutefois éviter son usage, en cas de traitement avec un anticoagulant (Coumadin, Ticlopidine, Warfarin).

Références :

(1) Gagnier JJ et coll. « Harpagophytum procumbens for osteoarthritis and low back pain : a systematic review » BMC Complement Altern Med, 2004; 4 : 13.
(2) Baghdikian Beatrice (1998). « Les iridoïdes d’Harpagophytum procumbensetzeyheriet leurs produits de transformation par voie chimique, enzymatique et microbiologique », Thèse de doctorat soutenue à l’Université d’Aix-Marseille 3, (No : 98 AIX3 0021) ; 217 pages.
(3) Baghdikian B, Guiraud-Dauriac H, Ollivier E, N’Guyen A, Dumenil G, Balansard G. Formation of nitrogen-containing metabolites from the main iridoids of Harpagophytum procumbens and H. zeyheri by human intestinal bacteria. Planta Med.1999 Mar;65(2):164-6.
(4) Warnock M, McBean D, et al. Effectiveness and safety of Devil’s Claw tablets in patients with general rheumatic disorders. Phytother Res. 2007 Dec;21(12):1228-33.
(5) Chantre P, Cappelaere A, et al. Efficacy and tolerance of Harpagophytum procumbens versus diacerhein in treatment of osteoarthritis. Phytomedicine. 2000 Jun;7(3):177-83.
(6) Grant L, McBean DE, et al. A review of the biological and potential therapeutic actions of Harpagophytum procumbens. Phytother Res. 2007 Mar;21(3):199-209. Review.
(7) Chrubasik S, Junck H, Breitschwerdt H, Conradt C, Zappe H. Effectiveness of Harpagophytum extract WS 1531 in the treatment of exacerbation of low back pain: a randomized, placebo-controlled, double-blind study. Eur J Anaesthesiol.1999 Feb;16(2):118-29.
(8) Grant L, McBean DE, et al .A review of the biological and potential therapeutic actions of Harpagophytum procumbens. Phytother Res. 2007 Mar;21(3):199-209. Review.
(9) Schaffer LF, Peroza LR, Boligon AA, Athayde ML, Alves SH, Fachinetto R, Wagner C.Harpagophytum procumbens prevents oxidative stress and loss of cell viability in vitro. Neurochem Res. 2013 Nov;38(11):2256-67. doi: 10.1007/s11064-013-1133-x. Epub 2013 Aug 28.
(10) Jang, M. H., Lim, S., Han, S. M., Park, H. J., Shin, I., Kim, J. W., & Kim, C. J. (2003), Harpagophytum procumbens suppresses lipopolysaccharide-stimulated expressions of cyclooxygenase-2 and inducible nitric oxide synthase in fibroblast cell line L929 ; Journal of pharmacological sciences, 93(3), 367-371.
(11) Harpagophytum procumbens – Encyclopédie des plantes, A. Vogel.
(12) European Scientific Cooperative on Phytotherapy (Ed). Harpagophyti radix, ESCOP Monographs on the Medicinal Uses of Plants Drugs, Centre for Complementary Health Studies, Université d’Exeter, Grande-Bretagne, 1996.
(13) Vadivelu N, Urman RD, Hines RL (2011), Essentials of Pain Management ; Springer Science + Business Media, LLC : 157, 167 – 169.