Les huiles de poisson

huiles de poisson

La production d’huiles de poisson à l’échelle planétaire s’élève à environ un million de tonnes par an. Riche en acides gras oméga-3 à longue chaîne, notamment en EPA et DHA, cette huile est surtout utilisée pour compléter les carences nutritionnelles dues aux régimes alimentaires déséquilibrés adoptés dans les pays occidentaux. Ce produit peut être pris sous une forme purifiée fournie dans des capsules – plus faciles à administrer –, ou sous format liquide. Les oméga-3, dont il est question, peuvent être aussi consommés directement en mangeant des poissons gras d’élevage, comme les salmonidés. Mais bien évidemment, leur teneur en acides gras n’est pas aussi élevée que celle que l’on trouve dans les compléments alimentaires.

Composition des huiles de poisson

À température ambiante les huiles de poisson se présentent sous format liquide. Ce sont des huiles particulièrement fragiles, sujettes à l’oxydation, en raison de la présence d’acides gras dans leur composition. On y trouve également des acides gras insaturés, entre autres l’acide myristique et l’acide palmitique. En raison de leur côté sensible au rancissement, ces huiles doivent être impérativement protégées de l’air, de métaux prooxydants (fer, cuivre, etc.), et traitées avec des antioxydants comme l’hydroxy-toluène butylé par exemple.

Ces corps gras sont extraits de poissons pélagiques, autrement dits ceux qui vivent à la surface de l’eau de mer. Leurs chairs stockent une importante quantité d’huile, par rapport à leurs foies. La teneur comme la qualité de leurs ingrédients actifs dépend cependant de l’espèce de poisson capturée. En Amérique du Sud, comme en Chili et à Pérou, et au Nord, notamment aux États-Unis, les poissons renferment dans leurs chairs un taux élevé d’oméga-3 avoisinant les 35 % de leur teneur totale en gras. Les acides eicosapentaénoïques (EPA) et décosahexaénoïques (DHA) sont de l’ordre de 10 % environ.

En Europe, par contre, les espèces comme le capelan, l’anguille, le hareng et le sprat sont moins riches en acides gras. Leur teneur en oméga-3 oscille entre 18 et 25 %. Il y a aussi les espèces qui vivent dans les eaux profondes de la mer, à l’instar du flétan et de la morue. Leur huile provient notamment de leur foie et l’oméga-3 qui y est disponible s’élève à 15 %, voire 20 % au maximum. (1)(2)

Mode d’action des oméga-3

Les acides gras polyinsaturés, notamment l’oméga-3, contenus dans l’huile de krill et l’huile de foie de morue, font partie de la famille d’acides gras biologiquement actifs. L’acide α-linolénique, la forme la plus simple de ce groupe, est susceptible de se transformer en EPA et DHA à chaine longue plus biologiquement actifs suite à des séries de réactions de désaturation et d’allongement au cours desquelles intervient l’acide stéaridonique. Il est important de noter que les acides gras polyinsaturés à chaine très longue (n-3) assurent des rôles physiologiques importants dans notre organisme, notamment dans le maintien de la structure des membranes cellulaires, ainsi que dans les fonctions de ces cellules. Ils jouent également d’importantes fonctions dans la prévention de nombreuses maladies et dans le maintien d’une meilleure condition de bien-être et santé. (3)

Les actions de ces acides gras polyinsaturés semblent impliquer plusieurs mécanismes, qui font intervenir la membrane cellulaire, le cytosol et le noyau. Dans certains cas, ils agissent par l’intermédiaire de capteurs ou bien de récepteurs dans l’objectif de réguler les processus de signalisation au niveau des cellules, qui sont connus pour influencer les modèles d’expression des gènes. Certains de leus effets peuvent directement changer la composition des acides gras contenus dans la membrane cellulaire, entrainant la modification de celle-ci ainsi que de son unité morphologique et fonctionnelle : formation de radeaux lipidiques, expression génique, processus de signalisation intracellulaire, production de médiateurs lipidiques et peptidiques.

Le mode d'action des oméga-3 contenus dans les huiles de poisson
Le mode d’action des oméga-3 contenus dans les huiles de poisson

Vu le régime alimentaire adopté en Occident, les cellules renferment une teneur élevée en acide arachidonique (n-6) (4)(5). Ce dernier étant le substrat des eicosanoïdes, qui entrent dans la physiologie et la physiopathologie. La consommation accrue de DHA et d’EPA peut, cependant, influer sur sa teneur. Ces derniers semblent aussi agir sur les EPA et DHA au niveau des membranes cellulaires, en augmentant leur quantité et modifiant ainsi les procédés de production de ces médiateurs lipidiques. Ce n’est pas tout, ils jouent également le rôle de substrats dans la synthèse de protéases et de résolvines, des enzymes extrêmement puissants.

Bénéfices santé

Les huiles de poisson revêtent de multiples propriétés médicales, telles que réduire le taux de triglycérides sanguins, les crises et troubles cardiaques, la pression artérielle, les risques d’AVC et d’accumulation de plaques d’athérosclérose. En d’autres termes, leur prise constitue une meilleure prévention contre les maladies dégénératives de notre époque et améliore l’espérance de vie. Attention toutefois, un surdosage augmente le risque de saignement. (6)

Mécanisme d'action des oméga-3 dans la protection cardiovasculaire
Mécanisme d’action des oméga-3 dans la protection cardiovasculaire

D’autres propriétés médicales sont également à citer : 

Huiles de poisson et obésité

Le problème de surpoids et d’obésité est souvent lié à des maladies métaboliques et cardiaques. Les huiles de poisson sont connues, cependant, scientifiquement capables de favoriser la perte de poids et la combustion des graisses. Un tel effet a été constaté lors d’une expérience menée sur des animaux de laboratoires obèses nourris d’aliments enrichis en matières grasses (7)(8). Ces études ont démontré le mécanisme d’action de ces huiles en matière de perte de poids. Apparemment, ces gras encouragent l’apoptose adipocytaire (9) et l’augmentation des taux plasmatiques d’adiponectine (10)(11), et boostent l’oxydation des graisses altérées (12).

Des chercheurs de l’Université de Kyoto au Japon ont aussi découvert, il y a peu de temps, que ces huiles sont aptes à transformer les cellules adipeuses en cellules brûlant les graisses chez des souris de laboratoires expérimentées. Au cours de l’étude, il a été constaté que les suppléments pris ont stimulé l’activité des récepteurs au niveau du tube digestif, le système nerveux sympathique ainsi que celle des cellules chargées de la métabolisation des graisses. Les sujets testés ont perdu près de 5 à 10 % de leurs poids corporels et 15 à 25 % de leurs masses graisseuses par rapport aux témoins. Les chercheurs ont conclu que ces huiles pourraient aider hommes et femmes désireux de perdre des kilos superflus. (13)

Huiles de poisson pour les troubles mentaux

Les huiles de poisson peut aider à traiter quelques troubles mentaux. Notre cerveau est, en effet, constitué de près de 60 % de matières grasses, et une grande partie de cette graisse n’est autre que de l’oméga-3. Ces acides gras sont donc essentiels pour maintenir une fonction cérébrale normale (14)(15).

Certaines observations scientifiques ont aussi dévoilé que des sujets souffrant de désordres mentaux ont des taux sanguins d’oméga-3 très bas (16).

Enfin, des chercheurs ont démontré l’utilité de la supplémentation en huiles de poisson pour lutter contre les symptômes de certains troubles mentaux. Par exemple, ces huiles ont diminué les risques de contracter des troubles psychotiques chez des sujets à risque (17). Il a été également remarqué que ces huiles présentent des effets bénéfiques chez des sujets souffrant de trouble bipolaire et schizophrénie (18).

Références

(1) Wang, C. et al., Am. J. Clin. Nutr. 2006, 84, 5 – 17.
(2) Lee, J.H. et al., The Mayo Clin. Proc. 2008, 83, 324 – 333.
(3) Lee KW, Lip GY. The role of omega-3 fatty acids in the secondary prevention of cardiovascular disease. QJM 2003;96:465-80.
(4) N-3 polyunsaturated fatty acids, inflammation, and inflammatory diseases. Calder PC Am J Clin Nutr. 2006 Jun; 83(6 Suppl):1505S-1519S.
(5) Effect of low-to-moderate amounts of dietary fish oil on neutrophil lipid composition and function. Healy DA, Wallace FA, Miles EA, Calder PC, Newsholm P Lipids. 2000 Jul; 35(7):763-8.
(6) Mayo Clinic Staff, (2010). In Omega-3 fatty acids, fish oil, alpha-linolenic acid. Retrieved June 1, 2010
(7) Anti-obesity effect of n-3 polyunsaturated fatty acids in mice fed high-fat diet is independent of cold-induced thermogenesis. Janovská P, Flachs P, Kazdová L, Kopecký J Physiol Res. 2013; 62(2):153-61.
(8) Effects of eicosapentaenoic acid ethyl ester on visfatin and apelin in lean and overweight (cafeteria diet-fed) rats. Pérez-Echarri N, Pérez-Matute P, Marcos-Gómez B, Martínez JA, Moreno-Aliaga MJ Br J Nutr. 2009 Apr; 101(7):1059-67.
(9) Eicosapentaenoic acid actions on adiposity and insulin resistance in control and high-fat-fed rats: role of apoptosis, adiponectin and tumour necrosis factor-alpha. Pérez-Matute P, Pérez-Echarri N, Martínez JA, Marti A, Moreno-Aliaga MJ Br J Nutr. 2007 Feb; 97(2):389-98.
(10) Polyunsaturated fatty acids of marine origin induce adiponectin in mice fed a high-fat diet. Flachs P, Mohamed-Ali V, Horakova O, Rossmeisl M, Hosseinzadeh-Attar MJ, Hensler M, Ruzickova J, Kopecky J Diabetologia. 2006 Feb; 49(2):394-7.
(11) Improvement in the high-fat diet-induced dyslipidemia and adiponectin levels by fish oil feeding combined with food restriction in obese KKAy mice. Wakutsu M, Tsunoda N, Mochi Y, Numajiri M, Shiba S, Muraki E, Kasono K Biosci Biotechnol Biochem. 2012; 76(5):1011-4.
(12) Dietary intervention increases n-3 long-chain polyunsaturated fatty acids in skeletal muscle membrane phospholipids of obese subjects. Implications for insulin sensitivity. Haugaard SB, Madsbad S, Høy CE, Vaag A Clin Endocrinol (Oxf). 2006 Feb; 64(2):169-78.
(13) Fish oil supplementation: evidence for health benefits. Harris WS1. Cleve Clin J Med. 2004 Mar;71(3):208-10, 212, 215-8 passim. PMID:15055244.
(14) Fatty acid composition of brain, retina, and erythrocytes in breast- and formula-fed infants. Makrides M1, Neumann MA, Byard RW, Simmer K, Gibson RA. Am J Clin Nutr. 1994 Aug;60(2):189-94. PMID: 7913291.
(15) Polyunsaturated fatty acids and their metabolites in brain function and disease. Bazinet RP1, Layé S2. Nat Rev Neurosci. 2014 Dec;15(12):771-85. doi: 10.1038/nrn3820. Epub 2014 Nov 12. PMID: 25387473 DOI:10.1038/nrn3820.
(16) Essential fatty acid deficiency in erythrocyte membranes from chronic schizophrenic patients, and the clinical effects of dietary supplementation. Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids. 1996 Aug;55(1-2):71-5. Peet M1, Laugharne JD, Mellor J, Ramchand CN. PMID:8888126.
(17) Long-chain omega-3 fatty acids for indicated prevention of psychotic disorders: a randomized, placebo-controlled trial. Amminger GP1, Schäfer MR, Papageorgiou K, Klier CM, Cotton SM, Harrigan SM, Mackinnon A, McGorry PD, Berger GE. Arch Gen Psychiatry. 2010 Feb;67(2):146-54. doi: 10.1001/archgenpsychiatry.2009.192. PMID: 20124114.
(18) Omega 3 fatty acids in bipolar disorder: a preliminary double-blind, placebo-controlled trial. Stoll AL1, Severus WE, Freeman MP, Rueter S, Zboyan HA, Diamond E, Cress KK, Marangell LB. Arch Gen Psychiatry. 1999 May;56(5):407-12. PMID: 10232294.