Racine d’ortie

Racine d’ortie, bénéfique pour la prostate et la calvitie

Jadis employée par les civilisations grecque et romaine pour soigner différents maux, comme la toux, l’arthrite, les affections cutanées et la tuberculose ; la racine d’ortie figure encore aujourd’hui parmi les remèdes de premier recours. D’innombrables scientifiques sont convaincus de ses qualités thérapeutiques. De nos jours, il est plus facile de bénéficier de ses pouvoirs guérisseurs grâce aux nombreux formats dans lesquels cette médication naturelle est proposée.

Présentation de la racine d’ortie

Racine d’une plante à usages multiples

La racine d’ortie est issue d’une plante herbacée appartenant à la famille des Urticacées. Cette plante médicinale cosmopolite affectionne les régions temperées du globe. On la retrouve un peu partout dans l’Hexagone, notamment dans les lieux peu fréquentés, les décombres et les zones cultivées à forte fumure.

Racine d'ortie, issue d'une plante herbacée du genre urtica
Racine d’ortie, issue d’une plante herbacée du genre urtica

Le terme « ortie » est souvent utilisé pour appeler les deux variétés les plus célèbres d’urtica, dont l’urtica urens – connu sous les noms de petite ortie, d’ortie brûlante, ou encore d’ortie grièche –, et l’urtica dioica dit grande ortie, ortie commune ou encore ortie des jardins. Rappelons qu’il existe environ une trentaine d’espèces d’urtica dans le monde, dont seulement quatre disponibles en France. À part ces deux variétés, il y a aussi l’urtica pilulfera appelé l’ortie à pilules, et l’urtica atrovirens. Seules la grande et la petite ortie sont classifiées dans la liste des plantes médicinales.

Le mot « urtica », provient du terme latin « uro » littéralement traduit en français par brûler, consumer, embraser et tourmenter par allusion aux douleurs occasionnées par la piqûre de leurs poils au toucher.

Ces deux variétés d’ortie se distingue par leurs tailles et formes. Si la grande ortie est plus imposante, avec un feuillage plus coriace et des racines rampantes ; sa congénère la petite ortie fait moins de 60 cm de haut et est munie d’une souche pivotante. Ses feuilles comme ses tiges sont couvertes de poils urticants, alors que ceux de la grande urtica sont plus courts et non urticants.

L’ortie, quelle que soit sa variété, cependant, est autant utilisée en cuisine qu’en phytothérapie. Pendant longtemps, ses feuilles furent la base de l’alimentation des volailles. Les jeunes pousses et les feuilles plus tendres interviennent dans la concoction des plats de salade, de purée et de soupe. La façon dont on les prépare est similaire à celle de l’épinard.

Grâce à sa forte teneur en chlorophylle, cette plante herbacée est dotée d’un pouvoir colorant vert, idéal pour conserver les légumes. C’est aussi une excellente matière première dans la fabrication de papier et de tissu. En matière de jardinage, les jardiniers les plus chevronnés savent comment préparer du purin d’ortie pour fertiliser le sol.

L’ortie dans la phytothérapie traditionnelle

Tous les organes de l’ortie, – ses feuilles, sa tige, ses fleurs et surtout sa racine –, sont utilisés depuis la nuit des temps pour traiter diverses maladies. Chez les Grecs et les Romains, cette plante fut baptisée du nom d’Alkalyphe et recommandée pour apaiser les douleurs articulaires liées à l’arthrite, la toux et la tuberculose, comme il a été dit au départ. Ces anciennes civilisations ont aussi reconnu le pouvoir de cette plante médicinale à stimuler la pousse des cheveux.

En médecine ayurvédique, cette plante médecinale est prescrite pour traiter les hémorragies et les éruptions cutanées. Au Maroc, par contre, la population locale l’utilise pour réguler la pression artérielle.

En Europe, ce fut le célèbre médecin anglais Nicholas Culpeper qui s’est penché sur l’étude de ses vertus thérapeutiques vers la première moitié du XVIIème siècle. Ce scientifique conseilla ce remède à ses patients à l’époque pour soigner les affections des voies respiratoires et des vaisseaux sanguins.

Principales substances actives de la racine d’ortie

La plupart des substances actives de l’ortie se concentrent surtout au niveau de ses racines. Ce organe est partculièrement riche en (1) :

– Fer, sel minéral essentiel à la formation de globules rouges et au transport d’oxygène dans le sang, ainsi qu’à la fabrication de nouvelles cellules. La carence en cet oligo-élément, sans anémie, est la principale cause de la fatigue physique, la mauvaise régulation thermique, la chute de cheveux, la baisse de vivacité intellectuelle et d’efficacité.
– Calcium, minéral jouant un rôle important dans la constitution de os et au maintien de leur santé. Il assure également d’autres rôles importants, tels que la contraction des muscles, la coagulation et la pression sanguine, ainsi que son intervention dans différents processus enzymatiques.
– Potassium, élément vital pour le bon fonctionnement des cellules. Des expériences ont démontré qu’un régime alimentaire enrichi en ce minéral constitue une bonne mesure de prévention contre l’hypertension artérielle. (2)
Magnésium, indispensable à la formation des os, la fixation du calcium, la contraction musculaire, la protection cardio-vasculaire, la lutte contre le stress, l’insomnie et les allergies, ainsi que les troubles immunologiques.
– Zinc, oligo-élément connu pour ses propriétés cicatrisantes, régulatrices de sébum et anti-inflammatoires. Son utilisation entre surtout dans le traitement des dermatoses.
– Flavonoïdes, dont des anthocyanidols et flavonols qui sont des pigments responsables de la coloration de cette plante aux pouvoirs antioxydants.
– Phytostérols, ou stérols naturels, prouvés par les scientifiques capables de réduire le taux de cholestérol sanguin. (3)
– Composés phénoliques, dont des lignagnes aux propriétés fongiques et antibactériennes, et qui sont aussi dotés d’effet protecteur vis-à-vis des maladies cardio-vasculaires selon pas mal de publications scientifiques. (4)

Propriétés médicales de la racine d’ortie

Salutaire contre l’hypertrophie bénigne de la prostate

Racine d'ortie, bénéfique pour la prostate
Racine d’ortie, bénéfique pour la prostate

L’OMS, l’ESCOP et la Commission E sont unanimement d’accord sur l’effet bénéfique de la racine d’ortie sur l’hypertrophie bénigne de la prostate, de phase I et II. Non seulement c’est un remède pour venir à bout de cette affection, mais aussi pour soulager les difficultés de miction. Les expériences scientifiques qui ont prouvé cette qualité unique n’ont manquent pas non plus. Une des études notables l’ayant démontré a été publiée en 2005.

Cet essai clinique randomisé en double aveugle avec contrôle placebo a été mené chez 620 patients souffrant d’hypertrophie bénigne de la prostate de phase II, pendant une durée de 6 mois. Quelques outils de dépistage ont été adoptés pour suivre l’évolution de leur traitement à savoir : le Score International Symptômatique de la Prostate (IPSS ou SISP), le débit urinaire maximal (Qmax), le volume d’urine résiduel post-évacué (PVR), les niveaux de testostérone et la taille de la prostate. Arrivé au terme des 6 mois, les individus soumis au placebo ont pris également des extraits de racine d’ortie. Les deux groupes continuent leurs traitements sur 12 mois supplémentaires.

À la fin de ces 18 mois, les résultats de l’étude ont indiqué que seuls 558 sujets (90 %) ont pu aboutir à leurs traitements, dont 285/305 (91 %) chez le premier goupe soumis à l’ortie et 271/315 (86 %) chez le groupe placebo. Lors du premier essai de 6 mois, les chercheurs ont constaté une amélioration impressionnante des symptômes chez les sujets ayant pris les extraits de racine d’ortie :

IPSS de 11,8 contre 17,7 chez le groupe placebo, alors que la valeur de départ notée chez les deux groupes a été en moyenne de 19,8 ;
– Augmentation de Qmax de 8,2 ml/s, contre 3,4 ml/s chez le groupe placebo ;
– Niveaux de testostérone restent inchangés chez les deux groupes ;
– Diminution du volume de la prostate allant de 40,1 cc à 36,3 cc. Aucun changement noté chez l’autre groupe.

Lorsque les 18 mois se sont écoulés, il a été remarqué une plus nette amélioration des symptômes chez le premier groupe. Conclusion, les extraits de racine d’ortie sont efficaces dans le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate. (5)

Efficace contre la calvitie

Racine d'ortie, efficace dans le traitement de la calvitie
Racine d’ortie, efficace dans le traitement de la calvitie

Les feuilles comme les racines de l’ortie sont des alliés de beauté, connus pour stimuler la pousse et limiter la chute des cheveux. Certains scientifiques ont essayé de prouver ces qualités, dont font partie Hartmann R. et son équipe. Dans leurs publications datant de 1996, ces chercheurs suisses ont souligné que les extraits de la racine de cette plante combinés à ceux du pygeum (Pygeum Africanum Kalkman rosaceae) inhibent l’action des deux enzymes, à savoir : la 5-alfa-réductase et l’aromatase. (6)

Pour comprendre la relation entre ces enzymes et la perte des cheveux, il faut savoir tout d’abord leur activité. En réalité, la 5-alfa-réductase est l’enzyme chargée de la conversion de la testostérone en dihydrotestostérone dite DHT, une forme plus active de cette dernière. Or cette hormone masculine, lorsqu’elle arrive au niveau des follicules pileux, peut perturber leur croissance, affine les tiges et favorise la chute. Bref, c’est ce qui cause l’alopécie androgénique ou la calvitie. L’aromatase, de son côté, stimule la production d’œstrogène.

La combinaison des extraits de ces deux plantes médicinales a donc stopper la production de DHT, tout en favorisant la pousse et la croissance des cheveux chez les individus testés. Le Dr Rudolf Fritz Weiss M.D, phytothérapeute allemand et auteur de l’ouvrage intitulé « Herbal Medicine » a confirmé cette qualité de l’ortie à lutter contre la calvitie et conseille même son utilisation à ceux qui ont des cheveux fragiles et fins.

Effet contre les douleurs articulaires

Traditionnellement, l’ortie est conseillée pour soulager les douleurs articulaires en cas d’arthrite rhumatoïde. De nombreux essais cliniques ont été donc conduits par les chercheurs pour prouver ce fait, dont huit d’entre eux ont été répertoriés dans cette publication de 2007 (7). Cette synthèse a parlé des effets bénéfiques de cette plante médicinale chez un grand nombre de sujets souffrant d’arthrose et d’infections urinaires. Ses actions anti-inflammatoires et antifongiques ont été mises en avant.

Dans cette étude randomisée, contrôlée en double aveugle, chez 27 patients souffrant de douleur au niveau du gros orteil, l’utilisation d’extraits d’ortie et de feuilles fraiches a été efficace. Une réduction significative des symptômes a été notée chez les sujets soumis au traitement seulement après une semaine, par rapport au groupe placebo. (8)

Actions contre la rhinite allergique

Des études scientifiques ont aussi mis en évidence les effets des extraits d’ortie, notamment de ses souches, sur la rhinite allergique. Dans cet essai en double aveugle par exemple, il a été remarqué qu’une dose journalière de 600 mg a pu réduire les symptômes de cette affection chez les sujets testés. 48 % des 98 participants ont trouvé cette médication naturelle plus efficace comparée à leurs traitements habituels. Les chercheurs, quant à eux, ont conclu que les principes actifs de cette plante sont des antagonistes de l’histamine. (9)

Autres bénéfices santé

En usage local, les extraits de la racine de cette plante sont efficaces dans le traitement des problèmes cutanés, tels que boutons d’acné, eczéma et piqûres d’insectes. Ceci s’explique par la présence de zinc et de principes actifs à effets antibactériens, antifongiques et antiseptiques dans leur composition. (10)

Bien choisir sa racine d’ortie en gélules

Racine d'ortie proposée sous différents formats, séchés, liquide ou en gélules
Racine d’ortie proposée sous différents formats, séchés, liquide ou en gélules

Le marché propose diverses marques d’extraits de racines d’ortie, normalisés ou non, présentés sous format liquide ou bien dans des gélules ou capsules. Le choix dépendra de la préférence de chacun. Mais dans tous les cas, il faut suivre les indications des fabricants concernant le mode d’emploi et le dosage à respecter.

Certains extraits sont combinés à d’autres substances actives ayant une synergie positive avec ceux-ci. Tel est le cas des produits mélangeant des extraits d’ortie et de palmier nain (Serenoa repens). Une telle association est plus intéressante dans le traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate (11). Dans le cadre du traitement de la calvitie, il est préférable d’opter pour une solution contenant des extraits de racines d’ortie et de pygeum.

Racine d’ortie : Posologie

Pour profiter des bienfaits thérapeutiques des racines de l’ortie, il faut une dose minimale de 60 mg de leurs extraits par jour lors des traitements. La majorité des essais cliniques ont utilisé en moyenne une dose de 120 mg par jour. Administré par voie orale chez des rats de laboratoires, ce supplément est bien toléré et n’a présenté aucun effet indésirable à une dose maximale de 1.31 g/kg. Chez l’homme, la dose à prendre quotidiennement oscille entre 100 et 700 mg par jour.

– Le dosage journalier recommandé pour traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate est de 240 mg, ajouté de 320 mg d’extraits de palmier nain.
– Pour limiter la chute des cheveux et stimuler la pousse des tiges fragiles, il faut dans les 300 mg d’extraits d’ortie combinés à une dose de 25 mg d’extraits de pygeum.

Pris selon les dosages prescrits, ce supplément cause très rarement des effets secondaires. Les quelques études cliniques ayant parlé de ses effets indésirables ont rapporté que sa prise sur une durée trop prolongée peut provoquer des troubles sexuels, dont diminution de libido et impuissance. (12)

Aucun essai clinique ayant parlé des effets néfastes de ce supplément chez les femmes enceintes et allaitantes n’a été publié jusqu’à ce jour ; la prudence est donc toujours de mise. Il faut demander l’avis de son médecin avant d’entamer tout traitement.

Références :

(1) Samia Aouadhi, Dossier : « Atlas des risques de la phytothérapie traditionnelle : études de 57 plantes recommandées par les herboristes ». Faculté de Médecine de Tunis. Spécialisation en toxicologie. 2010.
(2) Jane Higdon, Victoria J.Drake, et Jiang He. « Potassium ». Linus Pauling Instutute Micronutrient Information Center. 2009.
(3) Abumweis SS, Barake R., Jones PJ. « Plants sterols/stanols as cholesterol lowering agents : A meta analysis of randomized controlled trials ». Food Nutr Res 2008;52.
(4) Dossier : « Health effects with consumption of flax lignan secoisolariciresinol diglucoside ». J Nutr 2010 Apr;103(7):929-38.
(5) Safarinejad MR « Urtica dioica for treatment of benign prostatic hyperplasia: A prospective randomized, double-blind, placebo-controlled, crossover study ». J Herb Pharmacother. 2005;5(4):1-11.
(6) Hartmann R.W., Mark M., Soldati F. « Inhibition of 5-alpha-reductase and aromatase by PHL-00801 (Prostatonin), a combination of PY 102 (Pygeum africanum) and UR 102 (Urtica dioica) extracts. Phytomedicine 1996;3:121-128.
(7) Chrubasik JE, Chrubasik SA, Roufagalis BD, Wagner H. « A comprehensive review on nettle effect and efficacy profiles, Part I: herba urticae ». Phytomedicine 2007 Jun; 14(6):423-35.
(8) Randall C, Randall H, Hutton C, Dobbs F, Sanders H. Randomized controlled trial of nettle sting for treatment of base of thumb pain. JR Soc Med. 2000 Jun;93(6):305-309.
(9) Mittman P. « Randomized, double blind study of freeze-dried Urtica dioica in the treatment of allergic rhinitis ». Planta Med. 1990 Feb;56(1):44-47.
(10) Samia Aouadhi, Dossier : « Atlas des risques de la phytothérapie traditionnelle : études de 57 plantes recommandées par les herboristes ». Faculté de Médecine de Tunis. Spécialisation en toxicologie. 2010.
(11) Schneider HJ, Masuhr T., Honold E. « Treatment of benign prostatic hyperplasia. Results of a treatment study with the phytogenic combination of Sabal extract WS 1473 and Urtica extrats WS 1031 in urologic specialty pratices ». Fortschr Med 1995 Jan 30; 113(3):37-40.
(12) Chrubasik JE, Roufagalis BD et al. « A comprehensive review on the stinging nettle effect and efficacy profiles. Part II: Urticae radix ». Phytomedicine 2007. Aug;14(7-8):568-79. Review.