Vitamine C liposomale

Qu’est-ce que la vitamine C liposomale ? Comment l’identifier ? Est-elle réellement efficace ? Que disent les scientifiques à son sujet ?

La vitamine C liposomale, expliquée dans des termes plus clairs, est une forme galénique dans laquelle on propose récemment cette vitamine. Cette préparation permet en quelque sorte d’optimiser son absorption par l’organisme. Autrement dit, ses effets sur la santé sont plus importants que ceux de la vitamine C de synthèse classique. Ce comprimé à sucer ou effervescent, que nous avons l’habitude de prendre, est donc peu efficace. Attention, il peut s’agir également d’une simple appellation « commerciale », pour attirer la clientèle. En effet, certains fabricants ne respectent même pas les véritables procédés de fabrication de ce type de produit. Il faut alors savoir les reconnaitre pour ne pas se tromper.

La question qui se pose maintenant est que, cette vitamine liposomale présente-t-elle une réelle efficacité. Car vu le nombre d’allégations santé faites par les fabricants de compléments alimentaires, les consommateurs ne savent plus quoi en penser. Il n’y a que les études scientifiques réalisées sur ce supplément qui peuvent nous aider à obtenir la réponse.

Présentation de la vitamine C liposomale

Découverte de la technique de préparation

Cette technique de préparation utilise ce que l’on appelle des « liposomes » pour assurer le transport de la vitamine C dans l’organisme. Ce procédé n’est pas vraiment nouveau, car la découverte du liposome remonte il y a plus d’un demi-siècle. C’est le scientifique Alec D. Bangham de l’Université de Cambridge qui l’a mis au point en 1960. Mais son utilisation n’a pris essor qu’au début des années 2000. Il s’agit d’une vésicule lipidique, une petite poche formée d’une ou plusieurs bicouches de lipides encapsulant un compartiment aqueux.(1)

vitamine C liposomale
Les liposomes sont des vésicules lipidiques, petites poches formées d’une ou plusieurs bicouches de lipides encapsulant un compartiment aqueux

À l’époque, les premières formulations étaient uniquement composées de lipides naturels. À l’heure actuelle, les techniques de préparation adoptées sont très variées. Certains laboratoires peuvent recourir à des lipides et ou tensioactifs – naturels ou synthétiques – pour en fabriquer. Mais tous ont, cependant, la capacité de contenir des agents lipophiles et hydrophiles, respectivement dans la couche lipidique et le cœur aqueux. Par ailleurs, la fabrication en masse est devenue possible grâce à l’évolution de la technologie. Ces liposomes sont proposés dans des tailles différentes, allant de quelques nanomètres à plusieurs micromètres. Ceux utilisés dans le domaine médical vont de 50 à 400 nm. (2)

Ses qualités distinctives

Par rapport aux autres formes galéniques, les liposomes sont capables de conduire les principes actifs des médicaments jusqu’à leur cible. Ceci s’explique notamment par leur nature, qui est fortement similaire aux membranes cellulaires. Ce qui leur permet donc de franchir facilement les barrières des cellules, où ils pourront libérer la vitamine C. Une fois délivrée, cette dernière pourra assurer ses nombreuses fonctions biologiques. Les bienfaits thérapeutiques de cette vitamine sont détaillés dans cet article.

Jusque-là, les liposomes sont le meilleur moyen de transport de substances actives découvert par l’Homme. Ils permettent non seulement de bien protéger et conduire la vitamine C jusqu’à son lieu d’action, mais en plus prolonge sa demi-vie. Ces vésicules phospholipidiques continuent jusqu’à l’heure actuelle à faire l’objet de nombreuses recherches. Au cours de ces deux dernières décennies, par exemple, des progrès notables ont été accomplis, si l’on ne parle que de la vitamine C liposomale. Un nombre non négligeable de médicaments sont déjà aussi proposés dans ce format. Par ailleurs, les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour surpasser leurs concurrents, en inventant des préparations liposomales plus efficaces.

Les différents procédés de fabrication

Il est important de noter que les vitamines C liposomales vendues sur le marché ne présentent pas les mêmes efficacités. En effet, chaque laboratoire a ses propres méthodes de fabrication. Or, l’efficacité des liposomes dépend grandement des propriétés physico-chimiques de leurs membranes, de la nature de leurs composants, et de leur taille. Toutes ces caractéristiques peuvent influencer leur capacité à traverser les barrières cellulaires, leur interaction avec d’autres substances ainsi que la libération de la vitamine C proprement dite.

Les lignes suivantes résument les techniques de préparation les plus fréquemment adoptées par les fabricants. Les liposomes obtenus par ces divers procédés peuvent être classés selon leurs :
– Format : liquide, poudre, gélule ;
– Taille : petite, intermédiaire ou grande ;
– Lamellarité : vésicules unilamellaires (ULV), multilamellaires (MLV).

Méthode à l’ancienne

C’est l’une des techniques les plus utilisées par les entreprises actuelles pour préparer de la vitamine C liposomale en grande quantité. On l’appelle aussi « méthode de l’hydratation du film lipidique», ou « méthode de Bangham ». En résumé, ce procédé consiste en la dissolution du lipide dans un solvant organique, puis l’évaporation du solvant, et ensuite la dispersion du film lipidique obtenu dans un milieu aqueux.
L’efficacité d’encapsulation de principes actifs hydrophiles via cette méthode est cependant faible (5 à 15 %). Or, la vitamine C est hydrophile. De plus, cette technique produit des MLV volumineux et non homogènes. Ce qui nécessite donc d’autres étapes supplémentaires, telles que sonication, extrusion et microfluidisation, pour avoir des ULV de tailles réduites. (3)

Technique par injection d’éthanol

Cette méthode surtout pratiquée dans les années 80 comprend une étape de dissolution des phospholipides dans de l’éthanol. La phase organique issue de cette phase sera ensuite mise dans un milieu aqueux, afin de subir une agitation magnétique. L’éthanol et l’eau seront par la suite éliminés grâce à un évaporateur rotatif. Cette technique ne nécessite pas d’autres étapes, telles que la méthode à l’ancienne. Elle permet, par ailleurs, de produire des liposomes de petites tailles et stables, pouvant recevoir différentes substances (amphiphile, hydrophobe,…). Malheureusement, son utilisation en milieu industriel n’est pas possible.

Cross flow injection

Plus récemment, cette méthode par injection d’éthanol est remplacée par une technique plus moderne, utilisant des machines plus complexes. Il s’agit du « Cross flow injection ». Ce dernier a la possibilité de produire des liposomes de tailles très réduites, soit 120 nm, avec une stabilité appréciable.

Technique de micro-encapsulation

Ce procédé innovant, quant à lui, permet de fabriquer des liposomes sous format sec, soit en poudre. Ces liposomes sont, en effet, en quelque sorte insérés dans une enveloppe de tailles variées. Ce qui optimise alors leur stabilité au moment de leur conservation et lors de leur passage dans l’estomac. Ils sont plus faciles à mettre dans des gélules, des contenants qui leur protègent de l’oxydation. Cette méthode requiert toutefois un savoir-faire particulier, car il n’est pas facile de piéger les principes actifs c’est-à-dire la vitamine C. La micro-encapsulation fait intervenir des supports solides, tels que maltodextrine, amidon hydrolysé, acides gras, ou encore gomme. La technique adoptée pour encapsuler les liposomes dépendra du support adopté. Il y a par exemple l’atomisation, le séchage par lit fluidisé, l’extrusion, et la lyophilisation.

Efficacité de la vitamine C liposomale

Tous les fabricants, qui adoptent le procédé liposomal pour fournir de la vitamine C, avancent que leurs produits ont une meilleure biodisponibilité. Mais qu’en pensent vraiment les scientifiques. Cette méthode de préparation rend-t-elle réellement cette vitamine plus efficace. Avant de fournir les réponses dans les lignes ci-après, il faut noter que les expériences réalisées sur l’Homme à ce sujet sont encore très peu.

Méthode adoptée pour évaluer son efficacité

Parmi les quelques essais cliniques menés sur la vitamine C liposomale, on a retenu celui-ci. Cette expérience a été effectuée sur 11 personnes adultes, âgées de 45 à 70 ans, avec un IMC moyen de 34. Ces sujets en surpoids et obèses souffraient de stress oxydatif. Ils étaient soumis à des vitamines et suppléments pendant trois mois avant cette observation.

Après les différents contrôles de santé, ces patients ont été départagés au hasard en 4 groupes. Le premier a reçu un simple placebo par voie orale, le second 4 g de vitamine C liposomale, le troisième 4,25 g d’ascorbate de sodium en comprimé, et le dernier une solution injectable. Cette dernière est obtenue par la dissolution de 4 g d’acide ascorbique dans 100 ml d’eau saline.

Trois heures après l’administration de la vitamine C, ces participants ont subi un prélèvement sanguin. Cette analyse visait à évaluer d’une part son taux de concentration plasmatique ; et d’autre part les marqueurs du stress oxydatif. (4)

Évaluation des taux plasmatiques de vitamine C

Le sang prélevé chez chaque patient a été mis dans des tubes pré-refroidis contenant de l’acide éthylène-diamine tétra-acétique (EDTA). Cette substance permet, en effet, de mesurer les marqueurs de stress oxydatif. Ces tubes sont immédiatement placés dans un centrifugeur pendant 30 minutes, avec un tour moteur de 3600 tr/min. Ce procédé a permis de séparer le plasma, qui sera conservé dans un milieu à moins de 80˚C avant l’analyse. Le taux de vitamine C a été évalué par la méthode Chromatographie en phase liquide à haute performance, 7 jours après le prélèvement. (4)

Niveaux des taux de concentration de vitamine C

vitamine C liposomale
Comparaison des taux de concentration plasmatique en vitamine C : placebo, vitamine C liposomale, comprimé, solution injectable

Quel que soit le format dans lequel la vitamine C a été administrée chez les patients testés, aucun d’entre eux n’a rencontré des problèmes particuliers. Ce qui permet de conclure que la forme liposomale n’est pas dangereuse pour la consommation humaine, tout comme les comprimés et les solutions injectables.

Les résultats de l’analyse ont montré une importante différence entre les taux plasmatiques de vitamine C chez les 4 groupes (4):
– 1er groupe soumis au placebo : 3,1 ± 0,4 mg/dLh
– 2e groupe qui a pris de la vitamine C liposomale : 10,3 ± 0,9 mg/dLh
– 3e groupe qui a administré des comprimés : 7,6 ± 0,4 mg/dLh
– 4e groupe qui a reçu l’injection de vitamine C : 25 mg/dLh dans les premières heures avant de baisser considérablement.

Il est tout à fait normal de voir ce taux de concentration de vitamine C élevé chez le 4e groupe. L’administration de principes actifs par voie intraveineuse est le moyen le plus efficace pour obtenir rapidement un niveau plasmatique élevé. On peut, cependant, voir ici que la vitamine C liposomale a été mieux absorbée que l’ascorbate de sodium en comprimé. Elle présente, par ailleurs, une meilleure biodisponibilité. La solution injectable a été rapidement évacuée par l’organisme.

Efficacité optimisée

Comme il a été précédemment vu, l’utilisation des liposomes a permis d’accroitre l’absorption et la biodisponibilité de la vitamine C. Confirmé par les scientifiques, ce mode de préparation optimise l’efficacité de cet antioxydant. Son passage à travers les barrières de l’intestin a été facilité grâce à la nature de ces liposomes. Les scientifiques ont aussi remarqué que le principe actif est plus stable. Les couches de phospholipides ont, par ailleurs, protégé les intestins des agents potentiellement irritants.

Les différentes formes de vitamine C utilisées dans cette expérience ont eu chacune un impact positif sur le stress oxydatif. Toutefois, la solution injectée et la forme liposomale étaient plus efficaces que le simple comprimé. (5)

Bien choisir sa vitamine C liposomale

Les marques qui proposent de la vitamine C dans ce format sont de plus en plus nombreuses de nos jours. Restons quand même vigilants car certaines d’entre elles ne sont mêmes pas issues de l’un des procédés, cités précédemment. L’utilisation de ce terme est une nouvelle stratégie pour se faire des clients. Pour ne pas se faire avoir, voici quelques critères à prendre en compte au moment de l’achat :

– Le principe actif

Vérifier dans un premier temps la forme de vitamine C fournie par le fabricant. Opter uniquement pour l’acide ascorbique et l’ascorbate de sodium.

– La qualité des phospholipides

L’homogénéité et la taille des liposomes dépendent en grande partie de la nature des phospholipides. Donc, penser à jeter un œil sur les matières premières utilisées par le fabricant avant tout achat. Sont à exclure, tous produits synthétiques. La phosphatidylcholine purifiée à partir de lécithine de soja ou de tournesol est préférable à ces derniers.

– La méthode de fabrication de liposomes

Le procédé de fabrication adopté par le fabricant influera également sur la qualité des liposomes. Il faudra donc penser également à considérer ce point. Les marques fiables et soucieuses de la sécurité des consommateurs n’hésitent pas à renseigner leurs méthodes de préparation. Grâce à l’évolution de la technologie, certains fabricants peuvent mettre au point des liposomes sans les faire passer dans les étapes utilisant la haute pression, la chaleur ou la double émulsion. Tout cela nécessite en fait des solvants ou des tensioactifs. Ce qui explique pourquoi on peut rencontrer des traces de solvants et d’alcool dans certaines vitamines C liposomales.

Bon à savoir

Si ces trois points sont un peu difficile à comprendre, il faudra juste mémoriser ceci : la vitamine C liposomale est une émulsion, donc composée de deux liquides qui ne peuvent pas se mélanger. Il s’agit des phospholipides (lipides) et de l’eau. La stabilité de leur mélange est assurée par un émulsionnant qui est la lécithine. Les produits qui ne mentionnent pas l’une de ces 3 matières premières sont à éviter.

Vitamine C liposomale : Posologie

La vitamine C liposomale est beaucoup mieux absorbée par rapport aux autres formes galéniques, comme il a été vu dans les paragraphes précédents. Il faut donc quand même bien respecter les posologies indiquées, pour ne pas faire un surdosage. Les dosages ci-après ont été tirés des divers conseils donnés par les scientifiques. Toutefois, ils ne doivent pas être considérés comme des prescriptions médicales. Le mieux est de toujours demander l’avis de votre médecin avant tout traitement.

– Pour fortifier l’organisme et compenser les carences, prendre 500 mg à 1 g de cette vitamine par jour.
– En d’empoisonnement, d’intoxication, de stress important, ou pour favoriser la cicatrisation, prendre jusqu’à 3 g par jour. Cette dose est à répartir sur 3 prises.
– Dans le cas d’un traitement d’appoint (sida, Alzheimer, cancer,…), on conseille 5 à 10 g par jour.

Références :

(1) Bangham AD et Horne RW. Coloration négative des phospholipides et de leurs modifications structurelles par les agents tensioactifs, comme observé au microscope électronique. J Mol Biol. 1964; 8 : 660–668.
(2) Etheridge ML et al. Vue d’ensemble de la nanomédecine : État des produits de recherche et approuvés en nanomédecine. Nanomédecine. 2013; 9 : 1–14.
(3) Préparation des liposomes. Dans: New RC, editor. Les liposomes : une approche pratique. New York: Oxford University Press; 1990.
(4) Janelle L. Davis et al. Acide ascorbique encapsulé dans des liposomes : Influence sur la biodisponibilité de la vitamine C et sa capacité à se protéger contre les lésions d’ischémie-reperfusion. Nutr Metab Insights. 2016,(9)25-30.
(5) Brubacher D et al. Les concentrations plasmatiques de vitamine C en fonction de l’absorption : Une méta-analyse. Int J Vitam Nutr Res. 2000; 70 (5): 226-237.

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