Lutéine

Pigment naturel présent dans certains aliments et la macula de la rétine, la lutéine est bénéfique pour la santé de l’œil. Comme agit-elle ? Possède t-elle d’autres bienfaits ? Y a-t-il des effets secondaires liés à sa consommation ?

Luteine

La lutéine est un pigment naturel appartenant à la classe des caroténoïdes, naturellement visible dans certains fruits et légumes, mais également dans la rétine de l’œil au niveau de la macula pour être plus précis. C’est la raison pour laquelle ce composé chimique est tellement célèbre dans la protection de l’œil, notamment contre la dégénérescence maculaire liée à l’âge ou DMLA, et autres maladies oculaires. L’organisme humain n’est pas capable de synthétiser cette substance. Autrement dit, la seule manière de bénéficier de ses bienfaits est de consommer des aliments riches en ce pigment, ou bien recourir aux compléments alimentaires qui en apportent.

Présentation de la lutéine

Qu’est ce que la lutéine ?

La lutéine fait partie intégrante des 600 caroténoïdes découverts par l’Homme, reconnaissable par sa couleur jaune claire à faible concentration et orange foncée à plus forte concentration du fait de sa capacité à absorber la lumière bleue. Juste pour rappel, ce fut le scientifique Heinrich Wilhelm Ferdinand Wackenroder qui a pu déterminer les premiers xanthophylles et carotènes de son genre, en 1831. Pour ce qui est de cette molécule, sa découverte date de l’année 1945 mais son isolation ne sera mise au point que dans les années 90.

C’est George Wald qui a identifié la présence de ce pigment naturel dans l’organe de la vue. La macula – la zone de la rétine où ce pigment se trouve en grande quantité – est située au fond de l’œil dans l’axe de la pupille où la concentration de cônes est maximale. Avec ses deux compères la zéaxanthine et la méso-zéaxanthine, ce caroténoïde est responsable de la coloration de cette partie de la rétine, qui se présente sous une forme de tache jaune de près de 2 mm de diamètre.

Propriétés physiques et chimiques

La lutéine est un xanthophylle aux côtés de l’astaxanthine, l’échinénone, et la zéaxanthine. Ce sont toutes des molécules dérivées des carotènes suite à des liaisons avec des atomes d’oxygène. Ce composé chimique se concentre surtout au niveau des chloroplastes des cellules végétales et est responsable de la coloration rouge, orange ou jaune des fleurs. Certaines algues brunes et plantes de couleur verte foncée en regorgent également.

La lutéine est un isomère de la zéaxanthine
La lutéine est un isomère de la zéaxanthine

En ce qui concerne sa structure physique et chimique, la lutéine est juste un isomère de la zéaxanthine, se différenciant de celle-ci par la présence d’une double liaison dans sa chaine. La lutéine peut, par ailleurs, se convertir en zéaxanthine, par l’intermédiaire de la méso-zéaxanthine (1).

Cette molécule se différencie également des autres xanthophylles de son genre par la présence d’une longue chaine chromophore, avec une succession de plusieurs doubles liaisons dans sa structure. C’est ce groupement dit chaine polyénique, qui est responsable de son aspect coloré en jaune et de sa capacité à absorber la lumière. Cette chaine est, cependant, sensible à la lumière et à la chaleur, pouvant se dégrader facilement. Elle est également instable dans les solutions acides.

Une autre de ses caractéristiques est son côté lipophile, en d’autres termes insoluble dans l’eau. Chez les végétaux, la lutéine se présente sous un format d’ester d’acides gras. C’est la raison pour laquelle sa méthode d’extraction est possible par simple saponification (transformer le corps gras en savon), ou désestérification. Son point de fusion est à 190°C.

Sa formule brute est C40 H56 O2, et sa masse molaire 568,88 g/mol.

Lutéine : Aliments sources

La lutéine est apporté par la plupart des aliments que nous consommons tous les jours, notamment par les fruits de couleur jaune et orange, et les légumes aux feuilles vertes foncées. Les études statistiques révèlent qu’un adulte consomme en moyenne près 1,7 mg par jour de lutéine et de zéaxanthine dans les pays développés (2). Il convient, cependant, de préciser qu’il n’existe aucun apport nutritionnel journalier défini à respecter, mais certains scientifiques ont remarqué toutefois des effets positifs sur la santé de ceux qui consomment dans les 6 à 10 mg de ces caroténoïdes par jour (3). Le seul effet secondaire connu lié à la prise de ces substances à des doses élevées demeure jusque-là la caroténodermie, qui se manifeste par la coloration jaune-orangée de la peau due à une forte accumulation de carotènes dans le sang.

Le chou frisé est riche en lutéine
Le chou frisé est riche en lutéine

Voici donc une liste des gros apporteurs de ce caroténoïde. Notons que ces valeurs renseignent sur les teneurs en lutéine et zéaxanthine, car ces molécules sont toujours associées.

– Chou frisé : 39 550 µg/100 g ;
– Épinard cru : 12 198 µg ;
– Feuilles de navet : 8 440 µg ;
– Chou vert : 7 694 µg ;
– Cresson cru : 5 767 µg ;
– Pois : 2 593 µg ;
– Laitue : 2 312 µg ;
– Courgette : 2 125 µg :
– Choux de Bruxelles 1 590 µg ;
– Pistaches : 1 205 µg ;
– Brocoli : 1 121 µg ;
– Carotte : 687 µg ;
– Maïs : 642 µg ;
– Œuf dur : 353 µg ;
– Avocat : 271 µg.

Ses autres utilisations

Isolée, la lutéine est proposée sous forme de complément alimentaire destiné à entretenir la santé de l’œil. Normalement, l’apport journalier offert par les aliments devrait suffir ; mais malheureusement il peut y avoir des problèmes de carence du fait de notre régime alimentaire non hygiénique. Et même si c’est le cas, les légumes et les fruits de nos jours n’en apportent plus beaucoup car le sol s’est apprauvi en nutriments. Les carences en lutéine concernent surtout, par ailleurs, les fumeurs et ceux qui boivent plus de deux verres d’alcool par semaine. Il a été aussi remarqué que les réserves de ce caroténoïde diminuent également pendant la période de gestation.

En plus de son utilisation dans la fabrication de suppléments, cette molécule est aussi un additif alimentaire connu sous le numéro E161b dans le Codex Alimentarius. Son extraction se fait à partir des pétales du Tagetes erecta ou la rose d’Inde. Son usage en tant que colorant alimentaire est aurorisé dans l’Union Européenne et en Australie, par contre uniquement dans la fabrication de nourritures pour les animaux domestiques aux États-Unis.

Propriétés médicales de la lutéine

Les véritables rôles de la lutéine sur les maladies oculaires

– DMLA

La lutéine est recommandée pour prévenir et traiter la DMLA
La lutéine est recommandée pour prévenir et traiter la DMLA

Une des propriétés connues de cette molécule naturelle est de protéger l’œil de la DMLA. Cette dégénérescence de la macula concerne surtout les sujets âgés de plus de 65 ans et est la principale cause de leur cécité. Les scientifiques ont remarqué que les caroténoïdes présents dans cette partie de la rétine sont capables d’absorber les lumières qui peuvent endommager l’organe de la vue, en particulier la lutéine. Or, son réserve diminue au fil des années. D’autres facteurs augmentent aussi les risques de contracter ce trouble visuel, tels que l’exposition fréquente à la lumière du soleil, le tabac, un régime alimentaire pauvre en nutriments, ou encore l’hérédité.

Dans cette expérience réalisée entre le mois de août 1999 et le mois de mai 2001, des doses de lutéine ont été administrées par voie orale chez 10 patients souffrant de DMLA. Partagés en 3 groupes, ces derniers ont reçu respectivement 10 mg de lutéine, 10 mg de lutéine ajoutés de vitamines et d’autres minéraux, ainsi que placebo. Les résultats de cet essai ont montré une amélioration de la vision chez les groupes 1 et 2, avec une augmentation de la densité des pigments maculaires. Aucune amélioration n’a été constatée chez le groupe placebo. (4)

– Cataracte

Bon nombre de publications scientifiques ont également souligné les effets bénéfiques de la lutéine sur la cataracte, ou l’opacification du cristallin. Ce trouble visuel est l’une des causes principales de cécité dans les pays sous-développés. Il touche en particulier les jeunes. La malnutrition, l’exposition au soleil et la déshydratation en sont ses premiers facteurs de risque.

Se basant sur le fait que les caroténoïdes protègent l’œil de la cataracte liée à l’âge, des observateurs se sont mis à étudier la relation entre la consommation de ces substances, la prise de vitamine A et l’extraction de cataracte. L’étude suivante a été menée sur un échantion de 36 644 individus de sexe masculin âgés de 45 à 75 ans. Pendant 8 ans, leurs santés visuels ont été suivis de près. Des questionnaires concernant leurs régimes alimentaires et styles de vie (tabagisme, alcoolisme, etc.) leur ont été fourni.

Les résultats de cette longue enquête ont révélé que les hommes qui consomment des doses élevées de lutéine et de zéaxanthine, et non d’autres caroténoïdes comme l’alpha-carotène, le bêta-carotène et le bêta-cryptoxanthine, sont moins sujets à ce trouble oculaire. Leurs risques de contracter cette maladie étaient inférieurs à 19 %. Parmi les individus mis en observation, 840 cas d’extraction de cataracte ont été recensés. Ceux-ci concernent surtout ceux qui mangent très peu de légumes et de fruits gorgés de caroténoïdes. La lutéine combinée à la zéaxanthine réduit le risque d’avoir de la cataracte en empêchant l’oxydation des protéines et lipides dans le cristallin. (5)

– Rétinopathie diabétique

Selon la Fédération Française des Diabétiques, c’est une des formes de complication du diabète les plus fréquemment rencontrées, touchant près de 50 % des sujets diabétiques. La rétinopathie diabétique se traduit par une atteinte de la rétine (fine membrane formée par la terminaison du nerf optique dans le fond de l’œil qui reçoit les impressions lumineuses), due à l’excès de sucre dans le sang. Les vaisseaux sanguins très fragiles de cette partie de l’œil peuvent finir par se rompre et éclater, entrainant l’apparition d’une fibrose, le décollement de la rétine voire la perte de l’acuité visuelle.

Dans cette expérience menée sur des souris développant une anomalie rétinienne au stade non encore avancée de leur diabète de type 2, les chercheurs ont pu mettre en évidence l’effet protecteur de la lutéine associée à la zéaxanthine. Les individus testés ont reçu tous les jours des baies de goji d’environ 1 % de leur apport nutritionnel journalier, gorgées de caroténoïdes. Ces deux molécules ont pu prévenir l’apparition de la rétinopathie diabétique en empêchant ses deux principaux facteurs, à savoir le stress oxydatif au niveau de la rétine lié à l’hyperglycémie et le stress du réticulum endoplasmique (des structures chargées de la synthèse des protéines au niveau des cellules eucaryotes) (6)

Action anticancéreuse

Il a été aussi prouvé scientifiquement que la lutéine possède une propriété anticancérigène comme la plupart des caroténoïdes présents dans les fruits et légumes. Ceci s’explique notamment par son effet antioxydant.

Au cours de cette étude réalisée aux États-Unis, 5 707 femmes atteintes d’un cancer de sein, dont 2 363 prémenopausées et 3 344 ménopausées, ont été observées pendant 5 ans afin d’évaluer l’incidence de leurs régimes alimentaires sur leurs états de santé. Il a été constaté que celles dont les apports journaliers en vitamine A, bêta-carotène, alpha-carotène et lutéine-zéaxanthine sont élevés ont vu leurs santés améliorés. La lutéine et la zéaxanthine, en particulier, réduisent les risques de contracter un cancer de sein chez les femmes préménopausées, y compris les fumeuses, et limitent la prolifération des cellules malades d’après les observateurs. (7)

Protection de la peau contre les UV

La lutéine peut protéger la peau des effets des UV
La lutéine peut protéger la peau des effets des UV

Il est connu que les ultraviolets du soleil sont les principaux facteurs du vieillissement prématuré de la peau. Se basant sur le fait que la lutéine est un puissant antioxydant, des scientifiques ont essayé de l’administrer par voies locale et orale pour évaluer son effet protecteur. Dans cette expérience à titre d’exemple, cinq paramètres physiologiques ont été pris en compte, à savoir les niveaux du film hydrolipidique, de l’hydratation, d’activité photoprotectrice et de l’élasticité de la peau, ainsi que la peroxydation lipidique.

Les résultats de cet essai clinique ont démontré que l’administration orale combinée à une application locale de ce caroténoïde fournit une protection contre les UVA et UVB, en augmentant le niveau du film hydrolipidique à la surface de la peau. Cet antioxydant améliore également la structure de cet organe en l’hydratant et limite la peroxydation lipidique, une des causes des dommages tissulaires. (8)

Bien choisir sa lutéine en gélules

Toute une panoplie de suppléments de lutéine est proposée sur le marché. Cependant, ces produits ne présentent pas les mêmes efficacités. Il est important de prendre en compte certains critères au moment de l’achat, car rappelons-le la lutéine est une molécule particulièrement fragile, pouvant se dégrader facilement. Ce n’est pas tout, c’est un actif lipophile, donc sa solubilité dans l’eau est impossible. Voici donc ce qu’il faut retenir avant d’acheter ce supplément :

– Privilégier les suppléments de lutéine microencapsulés. Sans cette méthode d’encapsulation – qui consiste à enrober ou piéger le principe actif au sein de particules individualisées de très petite taille – cette molécule risque de s’oxyder sous l’effet de la chaleur, ou de la lumière.
– Depuis quelques temps, certains scientifiques ont aussi parlé de l’encapsulation sous un format d’émulsions sèches, qui permet de protéger la luétine d’une éventuelle oxydation tout en améliorant sa biodisponibilité. La substance active est, en fait, isolée dans une émulsion en poudre sèche avec un actif antioxydant qui assurera sa stabilité. (9)
– L’efficacité de la lutéine est optimisée lorsque celle-ci est associée à la zéaxanthine. Donc, vérifier la liste des ingrédients qui composent le supplément.

Lutéine : Posologie

La posologie recommandée pour bénéficier des bienfaits de la lutéine, notamment sur la santé des yeux, est de 10 à 20 mg par jour, couplée à la zéaxanthine. Cette dose permet d’améliorer l’acuité visuelle et de prévenir la perte de la vision due à la DMLA et à l’opacification du cristallin (cataracte). Il faut noter, cependant, que les gélules de lutéine proposés sur le marché présentent des poids variés allant de 5 à 20 mg.

À ce jour, il n’a été rapporté aucun effet secondaire concernant l’utilisation de cette molécule dans le traitement et ou la prévention des troubles oculaires.

À noter, la lutéine peut interférer avec le bêta-carotène en réduisant son absorption, et vice versa.

Références

(1) Krinsky N et al. «Mécanismes biologiques du rôle protecteur de la lutéine et de la zéaxanthine dans l’œil». Revue annuelle de nutrition, 2003. 23 (1): 171-201.
(2) NHANES 2013-2014. Les résultats de l’enquête rapportés comme ce que nous mangeons en Amérique.
(3) Seddon JM, Ajani UA et Sperduto RD. «Caroténoïdes alimentaires vitamines A, C et E, et la dégénérescence maculaire avancée liée à l’âge. Groupe d’étude cas-témoins sur les maladies oculaires ». Nov 2004, JAMA, 272 (18): 1413-20.
(4) Richer S et al. «Essai à double insu, contrôlé contre placebo, randomisé de la lutéine et de la supplémentation en antioxydants dans l’intervention de la dégénérescence maculaire atrophique liée à l’âge: L’étude Veterans LAST (essai de supplémentation en lutéine antioxydante)». Optométrie, 2004 avril; 75 (4): 216-30.
(5) Brown L et al. «Une étude prospective de l’apport en caroténoïdes et du risque d’extraction de la cataracte chez les hommes américains». Am J Clin Nutr, 1999 Oct; 70 (4): 517-24.
(6) Tang L et al. «Le goji diététique améliore les anomalies de la structure rétinienne chez les souris db / db au stade précoce du diabète». Exp Biol Med (Maywood), 2011 sept., 236 (9): 1051-63.
(7) Mignone LI et al. «Les caroténoïdes alimentaires et le risque de cancer du sein invasif». Int J Cancer, 2009.
(8) Palombo P et al. «Effets bénéfiques à long terme du traitement combiné antioxydant oral / topique avec les caroténoïdes lutéine et zéaxanthine sur la peau humaine: Une étude en double aveugle contre placebo». Skin Pharmacol Physiol, 2007.
(9) Dossier: «Augmentation de la biodisponibilité des actifs lipophiles par encapsulation sous forme d’émulsions sèches». INRA (Institut National de la Recherche Argonomique).

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