Cranberry (canneberge)

Réputé surtout pour ses bienfaits contre les infections urinaires, le Cranberry possède de nombreuses vertus thérapeutiques selon la science. Lesquelles ? Quelle est la meilleure façon de le consommer ?

Plus connu sous nom anglais cranberry dans le domaine industriel, la canneberge est une plante aux petites baies rouges dotées de pouvoirs antioxydant et anti-infectieux. Ces dernières furent utilisées depuis la nuit des temps par les Amérindiens pour venir à bout des infections urinaires. C’était aussi un remède efficace pour accélérer la guérison des plaies et blessures. Les médecins allemands ont reconnu les bienfaits de ces fruits dans le courant du XIXe siècle et l’utilisèrent pour traiter la cystite. Malheureusement, ce remède naturel fut remplacé par les antibiotiques, qui semblent être plus efficaces. Ce n’était que récemment que les scientifiques se sont intéressé de nouveau à cette plante et à ses bienfaits santé.

Présentation du cranberry

Description botanique

Le nom anglais « cranberry » a été défini par le missionnaire anglais John Eliot en 1647. Celui-ci est tiré du mot allemand « kraanbere », nom donné par les colons allemands et hollandais qui occupaient la Nouvelle-Angleterre pour appeler ses fleurs dont la forme rappelle une grue. Au Canada, on l’appelle plutôt atoca, et grande airelle rouge d’Amérique du Nord en Hexagone.

Cette plante annuelle résistante pousse dans les sols acides formés de tourbes des régions froides du globe. Ses lieux de concentration sont l’Amérique du Nord et la Russie. L’utilisation de ses fruits en jus est très courant dans ces pays.

Le cranberry se décline en 4 variétés :

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La fleur du cranberry, ou canneberge, rappelle la forme d’une drue ou celle d’une canne de berger

– Le Vaccinium oxycoccos, rencontré surtout en Europe et Asie. Cette variété se distingue par ses petites feuilles de moins de 10 mm, son épi central violet, sa tige velue et ses baies de couleur rose pâle.
– La canneberge d’Amérique, Vaccinium macrocarpon. Celle-ci est facile à reconnaitre grâce à ses feuilles plus grosses allant de 10 à 20 mm, et au goût de ses fruits proche de la pomme.
– La variété Vaccinium microcarpium, qui possède des feuilles plus triangulaires et une tige sans poils.
– Enfin, il y a le Vaccinium erythrocarpum, que l’on rencontre en Asie de l’Est et au sud-est de l’Amérique du Nord.

Valeurs nutritionnelles

Le cranberry regorge de nutriments, essentiels au bon déroulement des différentes fonctions de l’organisme. Parmi ceux-ci, on trouve des (1) :

Vitamines

– 3 mg de vitamine A, pour la santé des yeux et la peau.
– 0,012 mg de vitamine B1. Celle-ci assure un rôle important dans la conversion des glucides en énergie, et est vital pour le système nerveux.
– 0,020 mg de vitamine B2, ou riboflavine, qui intervient dans la transformation des aliments simples en énergie.
– 0,101 mg de vitamine B3 ou PP, qui protège contre la pellagre.
– 0,295 mg de vitamine B5, qui est un précurseur de la coenzyme A. Celle-ci stimule la croissance de la peau et des muqueuses, et entre dans la synthèse hormonale.
– 0,057 mg de vitamine B6, nécessaire pour les fonctions mitochondriales.
– 1 mg de vitamine B9, un précurseur métabolique du tétrahydrofolate, une coenzyme responsable de la synthèse de purines et pyrimidines
– 14 mg de vitamine C, qui possède un pouvoir antioxydant. Ce composé est important pour la production de globules rouges et le maintien d’une bonne défense immunitaire.
– 1,32 mg de vitamine E, au rôle antioxydant également.
– 0,005 mg de vitamine K, qui participe à la coagulation sanguine.

Acides aminés

– 188 mg d’acide aspartique, qui est un neurotransmetteur et un participant actif dans la voie de biosynthèse des pyrimidines.
– 146 mg d’acide glutamique, pour la mémorisation et la fonction cérébrale.
– 49 mg d’alanine, un des principaux composants de base des structures protéiques.
– 56 mg d’arginine, une source d’énergie pour l’organisme.
– 3 mg de cystine, qui aide à la cicatrisation.
– 48 mg de glycine, un neurostransmetteur et précurseur d’autres aminoacides.
– 18 mg d’histidine, qui contribue dans la fonction des protéines.
– 33 mg d’isoleucine, un glucoformateur et cétoformateur.
– 53 mg de leucine, qui assure plusieurs fonctions dans les cellules.
– 39 mg de lysine, important pour les défenses immunitaires.
– 3 mg de méthionine, un des principaux acteurs dans les réactions cellulaires de méthylation.
– 36 mg de phénylalanine, qui est connu pour son pouvoir sucrant.
– 31 mg de proline, qui prend part dans la synthèse de collagène.
– 51 mg de sérine, qui sert de signal au niveau du cerveau.
–28 mg de thréonine, un précurseur d’autres acides aminés et activateur de certaines hormones.
– 3 mg de tryptophane, qui contribue également à la synthèse d’acides aminés et d’autres composés importants.
– 32 mg de tyrosine, qui entre dans la production de mélanine.
– 45 mg de valine, source d’énergie et agent réparateur de tissus musculaires.

Minéraux et oligoéléments

– 8 mg de calcium, vital pour la formation et la santé des dents et des os.
– 0,056 mg de cuivre, nécessaire à la synthèse d’hémoglobine.
– 0,23 mg de fer, qui se charge du transport de l’oxygène dans le sang et de la production de globules rouges.
– 6 mg de magnésium, qui aide à la formation des os, fixation du calcium, plasticité cérébrale, transmission de l’influx nerveux, contraction des muscles, etc.
– 0,267 mg de manganèse, essentiel pour les enzymes.
– 11 mg de phosphore, qui sert de support à l’adénosine triphosphate.
– 80 mg de potassium, capable de réguler la pression artérielle.
– 0,1 mg de sélénium, qui est doté d’une action antioxydante et fongicide.
– 2 mg de sodium, utile pour l’équilibre hydrique et la contraction musculaire.
– 0,09 mg de zinc, aux propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes.

Propriétés médicales du cranberry

Efficacité contre les infections urinaires

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Le cranberry empêche les bactéries de se fixer sur la paroi de la vessie

Le jus de canneberges fut utilisé depuis des siècles dans la prévention et le traitement des infections urinaires. Ses véritables actions dans ce domaine n’ont été, cependant, élucidées que récemment. Auparavant, on a pensé que c’est son côté acide qui lui offre cette capacité d’inhiber la prolifération des bactéries. Mais en réalité, ces baies renferment des principes actifs qui ont le pouvoir d’empêcher l’Escherichia Coli d’adhérer aux cellules uroépithéliales. Il n’est pas possible pour ces micro-organismes de se multiplier, en n’étant pas fixés sur la paroi de la vessie. (2)
Les scientifiques ne sont pas tous unanimes quant à l’efficacité du jus de cranberry. Certains ont avancé que cette boisson n’est pas plus opérante qu’un simple placebo. Cette publication a réuni 7 essais cliniques, dont 5 ont utilisé du jus de ces fruits, 1 de l’extrait proposé sous forme de comprimé et 1 ces deux formes galéniques. Comparés au placebo, ces remèdes ont tous été efficaces sur les infections urinaires, mais à différents degrés.

Les résultats de ces expériences ont montré, toutefois, que les extraits demeurent les plus opérants. Pour obtenir la même efficacité, il faut dans les 7,5 à 37,5 g de concentré de canneberge – soit environ 50 à 250 ml – par jour. (3)

Bienfaits contre les troubles gastro-intestinaux

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Le cranberry a des effets sur les bactéries responsables des troubles gastro-intestinaux

D’autres scientifiques ont aussi parlé de l’action de ces fruits contre les bactéries Helicobacter pilori, premières causes des troubles gastro-intestinaux. Leurs composants actifs agissent sur ces micro-organismes en les empêchant de se tapisser sur la muqueuse gastrique.

Dans le but de déterminer leur véritable effet, des chercheurs ont utilisé ces baies en jus en complément au traitement classique de cette maladie, à savoir la trithérapie. Cette thérapie utilise trois principes actifs aux actions différentes, à savoir l’Oméprazole, l’Amoxicilline et la Clarithromycine (OAC).

L’étude clinique randomisée a réuni 177 patients infectés de H. pylori traités au OAC pendant une semaine, avant d’être répartis par hasard dans deux groupes. Le premier, comprenant 89 individus, a reçu 250 ml de jus de canneberge à raison de deux fois par jour. Le second, réunissant 89 patients, a été soumis au placebo. La durée du traitement a été de deux semaines.

Les résultats des analyses effectuées ont démontré qu’un taux d’éradication de 95,2 % a été noté chez plus de la moitié des sujets ayant pris du jus de cranberry. Cette action anti-bactérienne a été surtout remarquée chez les patients de sexe féminin. (4)

Santé des dents et de la bouche

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Le cranberry prévient les différentes affections bucco-dentaires

Les chercheurs spécialisés en sciences dentaires se sont particulièrement intéressés aux bienfaits du cranberry ces dix dernières années. Il est connu, en effet, que ses principes actifs aident à prévenir différentes pathologies bucco-dentaires. Parmi celles-ci, on cite les caries dentaires et la parodontite.

Cette publication a, par exemple, parlé de l’action anti-carie d’un extrait de canneberge riche en polyphénols de haut poids moléculaires. Ces composés actifs ont pu protéger les dents contre la formation de caries en inhibant la production d’acides par ces bactéries. Ils les empêchent, par ailleurs, de se multiplier et de produire des biofilms, qui sont à l’origine de la plaque dentaire. En agissant de cette manière, les extraits de canneberge les bloquent de devenir hydrophobes, car une fois qu’ils le sont ; il sera difficile de les éliminer avec des antibactériens. (5)

En ce qui concerne son action contre la parodontite, il a été remarqué que la plante a pu inhiber les réponses inflammatoires de l’organisme. Cette médication naturelle a, par ailleurs, bloqué l’activité des Porphyromonas gingivalis, bactéries responsables de la destruction et la perte des tissus de soutien de la dent. À titre d’informations, ces micro-organismes non seulement envahissent la parodonte, mais en plus sont capables de perturber le système immunitaire voire entrainer une réponse immunodestructrice de leur hôte. (5)

Prévention des maladies cardiovasculaires

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Le cranberry prévient les maladies cardiaques et coronariennes

Des revues scientifiques dont celle-ci ont mis en avant la capacité des canneberges à protéger l’organisme des maladies coronariennes et cardiaques. Les auteurs de cette publication ont souligné que ces baies renferment des principes actifs puissants qui peuvent inhiber l’oxydation des LDL, l’agrégation plaquettaire, et l’activité des enzymes impliqués dans le métabolisme des lipoprotéines. Ce sont, en effet, les facteurs favorisants de l’athérosclérose. Or, cette pathologie est la cause des troubles cardiaques et accidents vasculaires cérébraux. Ces composés actifs dont il est question sont les acides hydroxycinnamiques, anthocyanines, flavonols et proanthocyanidines. (6)

Ces principes actifs du cranberry semblent également avoir des propriétés hypolipidémiant et hypocholestérolémiant. Dans cette expérience, 30 hommes âgés de 51 ans en moyenne ont pris des doses croissantes de jus de ces fruits pendant 4 semaines. Le dosage allait de 125 à 500 ml par jour. Les analyses de sang ont révélé une diminution significative des taux de concentration plasmatique de LDL (mauvais cholestérol). (7)

Propriété anticancéreuse

Une autre qualité du cranberry reconnue scientifiquement depuis quelques années est son action anticancéreuse. Pas mal de publications en ont parlé. Cette revue a, à titre d’exemple, souligné que les extraits de ce fruit ont pu inhiber la croissance et le développement de plusieurs échantillons de cellules cancéreuses (sein, poumon, côlon, prostate) cultivées in vitro.

Les observateurs de ces études ont remarqué que ce sont surtout les glycosides d’anthocyanine, les triterpénoïdes, les flavonols et les oligomères de proanthocyanidine qui sont à l’origine de cette propriété médicale. Parmi les mécanismes d’action anticancéreuse de ces principes actifs de la canneberge, on cite :
– induction des cellules malignes à l’apoptose,
– réduction de l’activité de l’ornithine décarboxylase (enzyme qui produit de la putrescine dont l’odeur est nauséabonde suite à une réaction),
– diminution de l’expression des métalloprotéinases matricielles associées aux métastases (enzymes protéolytiques capables de dégrader les composants des matrices cellulaires),
– et inhibition des cyclo-oxygénases ou COX (complexe d’enzymes à la propriété pro-inflammatoire). (8)

Bien choisir son cranberry en complément alimentaire

Pour profiter des bienfaits de ce fruit, on peut recourir aux fruits frais ou séchés, ou encore mieux aux extraits sous forme de comprimé ou gélules.

– Avis à ceux qui veulent en faire du jus ou des concentrés, on leur conseille d’opter pour les baies fraiches issues d’une agriculture bio. De nos jours, nombreuses sont les exploitations de cette plante, du fait de ses nombreuses vertus médicales. Les boissons fait-maison sont préférables aux produits industriels, qui sont gorgés de sucres et de colorants artificiels.

– Les fruits séchés ont l’avantage d’être plus faciles à conserver. Ceux-ci offrent les mêmes valeurs nutritionnelles, mais sont toutefois plus riches en antioxydants. Leurs principes actifs sont plus concentrés après le séchage.

– Il y a aussi les extraits sous forme de comprimé ou gélule. Ceux-ci sont plus à faciles à prendre. Il convient toutefois de respecter les doses prescrites.

Cranberry : Posologie

Pour traiter les différentes maladies mentionnées précédemment chez l’adulte de plus de 18 ans, il est recommandé de suivre les dosages ci-après :

– 1 à 6 capsules de 300 à 400 mg d’extrait de cranberry, à raison de deux fois par jour ;
– 250 à 500 ml de son jus par jour ;
– 80 à 160 ml de son concentré par jour ;
– 125 ml à 250 ml par jour de baies fraiches.

Ces médications naturelles sont proscrites aux sujets allergiques au cranberry et à l’aspirine, et à ceux qui prennent des substances anti-acides. Attention, la canneberge accentue l’action de la Warfarine (Coumadin), en bloquant l’activité de l’enzyme responsable de la dégradation de ce principe actif.

Références

(1) Valeur nutritionnelle moyenne pour 100 g de canneberge crue. Données fournies par le Département de l’agriculture des États-Unis.
(2) Raz R et al. «Jus de canneberge et infection des voies urinaires». Harefuah, décembre 2004; 143 (12): 891-4,909.
(3) Jepson RG et al. «Canneberges pour prévenir les infections des voies urinaires». Base de données Cochrane Syst Rev, 2004; (1): CD001321.
(4) Shmuely H et al. «Effet du jus de canneberge sur l’éradication de Helicobacter pylori chez des patients traités avec des antibiotiques et un inhibiteur de la pompe à protons». Mol Nutr Food Res. 2007 juin; 51 (6): 746-51.
(5) Bodet C et al. «Avantages potentiels de la canneberge pour la santé bucco-dentaire». Crit Rev Food Sci Nutr, août 2008, 48 (7): 672-80.
(6) Reed J. «Savonoïdes de canneberge, athérosclérose et santé cardiovasculaire». Crit Rev Food Sci Nutr. 2002; 42 (3 suppl): 301-16.
(7) Ruel G et al. «La supplémentation en jus de canneberge hypocalorique réduit les concentrations de molécules de LDL et d’adhérence cellulaire oxydées dans le plasma chez l’homme». Br J Nutr, 2008 février; 99 (2): 352-9.
(8) Neto CC et al. «Activités anticancéreuses des composés phytochimiques de la canneberge: mise à jour». Mol Nutr Food Res.2008 juin; 52 Suppl 1: S18-27.

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