Proline

Qu’est ce qui distingue la Proline des autres acides aminés ? Quelles fonctions assure t-elle dans l’organisme ? Possède t-elle des propriétés médicales ? À quelle dose la prendre ?

proline

Acide aminé non essentiel, la proline est synthétisée par l’organisme humain à partir du L-glutamate. Son énantiomère L– intervient dans la construction des protéines. C’est le seul aminoacide qui renferme dans sa structure chimique un groupement amine secondaire, et non primaire comme ceux de ses compères. Cette forme particulière lui confère des propriétés uniques, à découvrir dans les lignes qui suivent.

Présentation de la proline

Structure physique et chimique

La proline a été isolée pour la première fois en 1900 par le scientifique Richard Willstätter, pendant qu’il étudiait une autre molécule, à savoir la N-méthylproline. Son nom est tiré du terme pyrrolidinepolyprolines, à l’instar du collagène.

Son amine secondaire lui offre la capacité unique d’interrompre les structures secondaires des protéines. Cette molécule de formule C5 H9 NO2 présente un poids moléculaire de 115,13 g/mol.

Fonctions biologiques

Les résidus de proline forment des protéines en forme d’hélice comme le collagène

La structure particulière de la proline, avec son amine cyclique, lui offre divers avantages ; tels qu’une rigidité appréciable par rapport aux autres acides aminés et la capacité de former des liaisons peptidiques avec d’autres aminoacides.

Cet acide aminé, toujours grâce à son ossature unique, a la faculté de créer des hélices de polyprolines, comme il a été dit précédemment, comme celles que l’on trouve dans le collagène. Autrement dit, il participe à la synthèse de cette protéine fibreuse, matrice des tissus conjonctifs.

Ses autres rôles dans l’organisme consistent également à favoriser la cicatrisation, en cas de blessures et plaies.

Biosynthèse

La proline est fabriquée par l’organisme à partir de l’acide aminé L-glutamate, ou acide glutamique. Cette biosynthèse se déroule de la manière suivante (2) :

– Sous l’action de l’enzyme glutamate 5-kinase, le glutamate se transforme en glutamate-5-semialdéhyde.
– Une autre réaction faisant intervenir le NADH ou le NADPH se produit ensuite au moment de l’intervention d’une autre enzyme, le glutamate-5-semialdéhyde déshydrogénase, pour former l’acide 1-pyrroline-5-carboxylique.
– Ce dernier est ensuite réduit en proline, sous l’effet de l’enzyme pyrroline-5-carboxylate réductase.

La synthèse de cet acide aminé peut se faire également par la voie de l’ornithine (acide aminé non protéinogène formé à partir du glutamate et l’arginine)

Meilleures sources

Bien que l’organisme soit apte à produire de la proline, il demeure quand même utile de fournir à l’organisme une dose journalière de 500 à 3 000 mg de cet aminoacide.

proline
La proline se trouve en grande quantité dans la gélatine en poudre

La liste ci-après présente les meilleures sources de cet aminoacide. Chaque portion de 100 g de ces aliments contient ces parts de proline :

– Gélatine en poudre, 7 341 mg ;
– Fromage léger, 3 986 mg ;
– Viande de bœuf, 3 607 mg ;
– Soja, 3 091 mg ;
– Chou vert, 2 942 mg ;
– Poulet, 2 809 mg ;
– Yaourt nature, 2 425 mg,
– Agneau, 2 200 mg,
– Lait, 1 935 mg.

Propriétés médicales de la proline

Action antioxydante

La majorité des expériences réalisées sur cet aminoacide ont parlé de son action antioxydante, en plus de ses rôles dans la synthèse de collagène.

Cette publication a, par exemple, rapporté que ce composé a le pouvoir d’éliminer les espèces réactives de l’oxygène, d’empêcher l’apoptose des cellules de mammifères testées et de prolonger leur durée de vie, en surexprimant les enzymes qui interviennent dans sa métabolisation.

L’augmentation du taux endogène de cet aminoacide grâce à un supplément est efficace contre certains radicaux libres, mais par contre inefficace contre les générateurs de superoxydes, tels que la ménasione. En réalité, la protection des cellules contre l’effet néfaste du stress oxydatif, nécessite l’amine secondaire du noyau pyrrolidine présente dans la structure de cet acide aminé. (3)

Effet anti-inflammatoire

La proline protège le cortex cérébral de l’effet des lipopolysaccharides

Certaines revues scientifiques ont aussi démontré l’effet anti-inflammatoire de la proline. En étudiant de près cet acide aminé sur des rats de laboratoires, les scientifiques ont remarqué que celui-ci peut protéger le cortex cérébral et le cervelet de ces rongeurs des effets néfastes de lipopolysaccharides qui leur ont été injectés à des doses élevées.
Dans cette expérience, à titre d’exemple, les sujets testés ont été divisés en 4 groupes, dont le premier a reçu de la solution saline pour servir de témoin, 12,8 µmol/g de poids corporel de proline (du 7e au 13e jour du traitement), 14,6 µmol/g (à partir du 14e jour) et 16,4 µmol/g (18e au 21e jour). L’injection de lipopolysaccharides a été effectuée au 21e jour.

Les examens réalisés au 22e jour de l’expérience ont montré que le cortex cérébral et le cervelet des rats qui ont reçu cet aminoacide juste avant l’injection de LPS ont été mieux protégés d’une inflammation aiguë et d’un stress oxydatif. (4)

Appui au renouvellement des tissus

Une fonction biologique de la proline à ne plus démontrer est son intervention dans la constitution des tissus, en produisant du collagène. Des scientifiques ont cherché à mettre en évidence son efficacité en cas de brûlure de second degré.

Les auteurs de cette étude ont rapporté que lors d’une brûlure importante de la peau, la teneur en L-proline diminue considérablement en raison du besoin accru de l’organisme pour réparer les tissus et favoriser la cicatrisation des plaies. Or, les teneurs des précurseurs directs de ce composé, à savoir l’acide glutamique et l’ornithine, semblent également réduire significativement à cause du stress oxydatif et l’inflammation.

Chez des sujets ayant subi une brûlure grave de la peau, l’administration de L-proline a permis de favoriser la cicatrisation des plaies et de la restructuration de l’épiderme. (5)

Méfaits de la proline

Pas mal de publications scientifiques ont aussi mentionné dans leurs grandes lignes les dangers liés à la consommation de L-proline, notamment chez les sujets souffrant de cancers. Chez les personnes en bonne santé, la prise de cet acide aminé ne constitue pas un danger. En revanche, en cas de cancer, mieux vaut l’éviter car celui-ci contribue à la prolifération des cellules cancéreuses.

Dans cette expérience, les observateurs ont remarqué que le catabolisme de la proline via l’enzyme proline déshydrogénase ont encouragé la multiplication d’un échantillon de cellules cancéreuses du sein mises en culture. Il a été aussi noté que l’expression de cette enzyme et le catabolisme de cet aminoacide sont importants dans les formes de cancer métastatique. Les scientifiques ont concu que l’inhibition de la proline déshydrogénase permet d’empêcher les cancers de se propager. (6)

Proline : Posologie et précautions d’utilisation

La carence en L-proline se manifeste par la fragilité de la peau et des vaisseaux sanguins, une faiblesse cardiaque et des problèmes au niveau de l’articulation. Pour combler les manques, il faut une dose de 1 000 à 4 000 mg par jour de cet acide aminé.

La L-proline est recommandée aussi dans certains cas, pour soulager les crises d’angoisse et épileptiques. Il faut 1 000 mg par jour pour ce faire.

Les effets secondaires liés à la prise de cette substance sont, bouche sèche, maux de tête, gain de poids rapide, faiblesse musculaire, tremblements, confusion et somnolence.

Prendre cet acide aminé en complément à l’alimentation est à éviter en cas de grossesse et d’allaitement.

Références

(1) American Heritage Dictionnary of the English Language, 4th Edition.
(2) Lehninger AL et al. « Principles of biochemistry ». 3rd ed. N.Y, WH Freeman, 2000.
(3) Krishnan N et al. « Proline modulates the intracellular redox environment and protects mammalian cells against oxidative stress ». Free Radic Biol Med 2008, Feb 15;44(4):671-81.
(4) Andrade VS et al. « A possible anti-inflammatoire effect of proline in the brain cortex and cerebellum of rats ». Mol Neurobiol, 2018 May;55(5):4068-4077.
(5) Ronald GT et al. « Proline Metabolism in severely burned patients : Effects of modulated parenteral feeding ». National Institutes of Health (NIH), Boston, Sep 2005.
(6) Elia I et al. « Proline metabolism supports metastasis formation and could be inhibited to selectively target metastasizing cancer cells ». Nat Commun, 2017 May 11;8:15267.

error: Contenu protégé sous copyright